Review Dordogne

Vous n’aimez pas les jeux vidéo… Pour vous, ce « loisir » est une perte de temps réservée à des personnes immatures et décérébrés. De toute façon, tout le monde le sait, les jeux vidéo, c’est violent et n’est qu’un bien de consommation de masse comme un autre.
Malheureusement pour vous, votre étroitesse d’esprit vous aveugle et vous empêche de voir la réalité des choses. Le monde vidéoludique est en constante évolution. Pour votre malheur, vous passez donc à côté de titres qui pourraient bien bousculer vos convictions. Des titres souvent atypiques, loin des grosses productions médiatisés. Des œuvres d’art à part entière, faites avec passion qui tordent le cou aux stéréotypes. Ainsi, Dordogne, édité par Focus Entertainment pourrait bien intégrer la grande famille des titres vidéoludiques qui tendent à élever notre passion au rang d’œuvre d’art. Y parvient-il ?

L’aventure narrative développée par « Un Je Ne Sais Quoi » et unanimation, vous invite à passer un moment bucolique et nostalgique en pleine campagne française. Plus précisément, au cœur de la région Nouvelle-Aquitaine, dans le département de la Dordogne qui doit son nom à son fleuve éponyme. Celui-ci serpente le long de paysages préservés où se succèdent vignes, bois, gorges et grottes.
Les décors naturels de ce petit coin de nature représentent à lui seul l’un des personnages de ce titre atypique. Mais laissez-nous donc vous conter le début de cette aventure.

Quel est votre premier souvenir ?

Dordogne raconte l’histoire de Mimi, une jeune femme, au début des années 2000. La narration débute alors qu’elle quitte la grisaille citadine pour se rendre dans la maison de sa grand-mère récemment décédée. Son père est totalement contre cette initiative et souhaite au plus vite vendre la vieille bicoque afin de tourner la page. Mais notre héroïne a complètement oublié cette maison et sa grand-mère alors qu’elle y a passé de nombreux étés lorsqu’elle était enfant.

Ce passage de sa vie a été complètement effacé. Comme si sa mémoire à long terme avait occulté ce passage de sa vie. Il arrive que le cerveau mette les souvenirs dans l’inconscient. Ceci est une sorte de stratégie d’auto défense de la psyché qui peut survenir après un traumatisme. Un phénomène assez répandu finalement…

Dès son arrivée dans cette maison qui surplombe une colline et offre un panorama exceptionnel sur la vallée, Mimi n’aura de cesse de chercher des indices susceptibles de lui remémorer son enfance.
Dès qu’elle se trouve en face d’un stimulus suffisamment fort, vous incarnerez la jeune fille et pourrait ainsi vivre le quotidien de son dernier été passé chez sa mémé.

Plutôt courte, l’histoire de Dordogne est à l’image de son fleuve. On se laisse emporter par ses courants et ses méandres, car il est inutile de lutter contre ses flots. Une fois « dedans », on s’y sent bien et notre seul but sera alors d’assister à l’épilogue tout en profitant du moment présent et de son histoire pourtant si banale. Il se pourrait même que ce parcours fasse écho en vous et renouer avec vos émotions enfouies. Ah… Nostalgie. Quand tu nous tiens.

Une succession de tableaux vivants

Le véritable point fort du titre est la direction artistique choisie par le studio de développement qui est de toute beauté. C’est bien simple, nous avons réellement l’impression de parcourir un carnet de croquis d’un peintre. En cela, la “patte” de Cédric Babouche et de son équipe fait mouche. Les peintures à l’aquarelle de l’artiste sont parfaitement retranscrites dans le jeu. Dordogne représente donc avant tout un délice visuel indéniable. Un parti-pris artistique qui tend à sublimer le réel et à le rendre encore plus onirique et enchanteur.
Pour ne rien gâcher, les protagonistes s’intègrent parfaitement dans les décors et les quelques bugs présents ne gênent en rien l’expérience.

Certes, il nous est arrivé d’être agréablement surpris par l’aspect visuel de certains titres comme Okami, ou plus récemment Trek to Yomi. Toutefois, c’est la première fois que nous sommes autant surpris par un point and click. Jamais nous n’avons autant apprécié l’identité visuelle d’un titre narratif. Même si, à son échelle, Lost in Play donnait l’impression de se promener dans un dessin animé.

Mais résumer Dordogne à un point and click serait erroné. Ici, les va et vient sont peu nombreux et les-casses têtes-quasi inexistants. Nous décririons donc plus le titre comme une aventure narrative à part entière. Une sorte de livre d’illustration intéractif.

Un gameplay atypique

Outre la patte graphique, le gameplay se veut également original. La grande Mimi laisse donc la place à la jeune Mimi dès lors qu’elle trouve un objet ou qu’une situation lui rappelle ses souvenirs enfouis.

20 ans vous sépare de cet été oublié du début des années 80. Vous aurez donc l’occasion de découvrir le matériel de l’époque tel le walkman qui vous servira à écouter des K7, et même à enregistrer des sons. L’appareil photo vous permettra parfois de prendre des clichés uniques de la nature environnante. Tous vos sens seront en éveil lors de l’exploration de vos souvenirs d’enfance.

Le jeu se résume donc à fouiller à droite, à gauche et éventuellement récupérer des objets. Ceux-ci peuvent être insérer dans votre classeur. Même s’il ne vous impose rien, vous êtes malgré tout obligé de suivre les étapes pour faire avancer l’histoire.
Votre but est en fait de réaliser des actions du quotidien. Ainsi, dès le début, vous devrez ouvrir votre sac pour attraper votre portable ou récupérer une clé dans une boite aux lettres. Vous aurez également l’occasion de vous faire un thé ou de planter l’arbre de votre choix.

Le jeu est découpé en plusieurs chapitres, et à la fin de chacun d’eux, vous aurez l’opportunité de compléter la page de votre classeur en y mettant un objet collecté, une photo et en rédigeant un poème. En effet, vos balades seront l’occasion d’exprimer votre ressenti et votre sensibilité par rapport à des choix qui vous seront proposés à travers un haïku du plus bel effet. Cela ne changera pas l’histoire générale, mais viendra modifier les lignes de dialogues proposés. A ce propos, l’histoire nous propose un doublage de qualité avec des comédiens prestigieux.

Un doublage et une ambiance sonore réussis

Si vous sélectionnez le doublage français, vous aurez l’occasion d’entendre les voix de Kaycie Chace (Mimi adulte dans le jeu, Sidney dans Teen Wolf), Anne Mathot (Nora dans le jeu, Rachel dans Sonic) et Martial le Minoux (Voix masculines dans le jeu, Roy Mustang dans Full Metal Alchemist). Mention spéciale pour Bora Babouche qui incarne parfaitement la Mimi enfant et arrive à transmettre facilement les émotions et les états d’âme de la jeune fille.

Bien sûr, et même si le doublage français est irréprochable, rien ne vous empêche de choisir la version anglaise qui vous permettra également de retrouver la voix de Kaycie Chase. Les puristes originaires du sud ouest pourraient même décider de choisir le doublage intégral en langue d’oc. Une initiative suffisamment rare pour être soulignée. En outre, il existe également les doublages allemand, espagnol, japonais, etc… Le jeu a également été traduit dans une multitude de langue afin de le rendre accessible au plus grand nombre. Après tout, même si l’action se passe en province française, les thèmes évoqués dans l’histoire sont bel et bien internationaux.

Concernant les thèmes musicaux, la bande son originale a été confiée au groupe Supernaive. Leur électro pop ambiant convient parfaitement à l’ambiance du titre, et ce, même si vous n’êtes pas fan du genre.
Enfin, Sylvain Quément a également contribué à l’identité sonore du titre.

Conclusion.

Dordogne est une véritable carte postale de notre enfance. Même si le titre saura parler au plus grand qui se remémoreront leur souvenir passé avec des membres de leur famille durant des vacances, les enfants s’identifieront sans peine au caractère aventurier de Mimi. Le titre de Cédric Babouche est donc bien plus qu’un jeu vidéo. Il constitue une véritable expérience vidéoludique et narrative qui saura satisfaire n’importe quelle personne ayant un minimum de sensibilité. Une véritable bouffée d’air frais dans la production actuelle, un aparté agréable qui sait prendre son temps.
Mais sa force constitue également le seul reproche qu’on puisse lui faire. Dordogne est-il finalement vraiment un jeu vidéo ? Pour nous, la réponse est évidente… Mais n’hésitez pas à nous faire part de votre ressenti dans les commentaires ou sur les réseaux sociaux : Facebook, Twitter, Instagram et Discord..

* Test réalisé sur Nintendo Switch via une copie numérique du titre.

Dordogne

8.8

Note

8.8/10

POINTS POSITIFS

  • Mini prix, maxi aventure
  • Une beauté esthétique indéniable
  • Un doublage de qualité
  • Un titre original, réellement à part

POINTS NÉGATIFS

  • Absence de bonus (un making of aurait été top)
  • Pas vraiment un jeu
  • Une seule sauvegarde
  • Bon, mais court
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yancha

Rédacteur avec pas mal d'XP au compteur ayant grandi avec les bornes d'arcades à l'ère 8 et 16 bits.

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