D’un mémoire au livre, voilà la genèse du livre Mangashi (terme qui désigne les magazines de prépublication, par exemple le Weekly Shōnen Jump est un Mangashi), réalisé par Maxime Gendron, connu notamment sur YouTube avec sa chaîne YouTube anciennement nommée Archipel Otageek. Dans ce livre, Maxime tente de mieux cerner la prépublication des mangas en France et de répondre à cette question : est-ce que, comme au Japon avec le Weekly Shōnen Jump, Weekly Shōnen Sunday ou Young Animal, un magazine du même type peut voir le jour en France ? Un sujet qu’il avait déjà traité en 2017 sur sa chaîne YouTube, ainsi qu’au travers d’un article scolaire. Un sujet qu’il a souhaité approfondir en réalisant ce mémoire, puis ce livre.
Pour Geeknplay, ce dernier est revenu plus en détail sur ce projet, qui est passé d’un mémoire pour valider son master en métiers d’édition à un livre auto-financé.
Geeknplay (GNP) : Si je comprends bien, dès le départ, quand tu as proposé ton sujet de mémoire en master, tu voyais déjà ce dernier comme un futur livre potentiel ?
Maxime Gendron (M.G) : Exactement ! Au départ, quand j’étais en DUT, le master n’existait pas, donc je ne savais pas ce que je ferais. Je savais que j’irais en licence a priori, mais je ne savais pas que j’irais en master.
Sauf qu’entre-temps, le temps que je termine le DUT et que je commence la licence, le master a été créé. Et comme j’avais mis de côté cette idée de sujet de mémoire sur la prépublication, étant donné que j’avais déjà un sujet en DUT, là, je me suis dit : parfait !
Pour le coup, le fait d’avoir un mémoire sous le coude a aussi motivé mon choix de continuer en master, parce que je voulais poursuivre l’apprentissage. Je voulais le bac +5. C’était un peu paradoxal, parce que je ne suis pas un grand fan de ce système où l’on trouve du travail juste avec un chiffre derrière le mot bac. Je trouve que ça n’a pas forcément grand sens, mais je me suis dit : bon, voilà, si un jour je veux monter à Paris, malgré tout, les éditeurs y jetteront un œil. Ce sera toujours utile.
Du coup, par rapport au mémoire, je me suis dit : Bah, en fait, j’ai ce sujet de mémoire, donc si j’en fais directement un livre, ça veut dire qu’il faudra que je le fasse en dehors de mon temps de travail. Donc ça va être long, et je sais très bien comment ça se passe.
Au début, on est plein de motivation, on se dit Voilà, je vais écrire quand je rentrerai du boulot, je ferai ci, je ferai ça… et au bout de deux semaines, on rentre, on a la flemme, on n’a déjà à peine l’envie de cuisiner, et puis on se pose devant la télé ou, au mieux, devant un bouquin… et on n’en parle plus, quoi.
Je ne voulais pas que ça arrive et je voulais concrétiser mes projets. Je me suis donc donné les moyens avec ce mémoire, car j’aurais du temps pour le faire et je serais obligé de le faire, étant donné que j’avais repris mes études. Donc ça me permettrait d’avoir cette base sûre.
Dès le départ, en fait, je n’ai jamais écrit le mémoire comme un mémoire, dans le sens où je savais déjà que j’en ferais plus. Donc, je l’ai vraiment travaillé comme étant un livre. Même si parfois je n’avais pas toujours envie de m’y mettre, globalement, j’ai toujours pris beaucoup de plaisir à le faire.
Je savais que, même si je ne respectais pas toutes les consignes du mémoire que ce soit le nombre de pages ou de signes , au final, mon mémoire a fait 150 pages, ce qui était risqué, étant donné que les profs ne valorisent pas forcément le fait d’en faire trop, vu qu’ils ont plein d’autres élèves à corriger. Mais fort heureusement, mes deux directeurs de mémoire ont été cool là-dessus. En tout cas, en faisant cela, ça m’a permis de ne pas partir de trop loin pour le transformer en livre.

GNP : Justement, quelles ont été les étapes pour le transformer en livre ? Ça t’a pris combien de temps, à peu près ?
M.G : Au départ, la grosse question avant même que le mémoire soit terminé, c’était : Qu’est-ce que je fais ? Est-ce que je l’auto-édite ? Ça voudrait dire qu’il faut que je trouve des sous, que je n’aurai pas de distributeur, donc pas de présence en librairie, et donc peu de visibilité a priori. Ou alors, est-ce que je fais le choix de démarcher un éditeur ?
Il y a eu quelques semaines d’hésitation. Je me suis dit : Mais en fait, ce truc-là, c’est mon travail. Il y a huit ans, c’était une vidéo YouTube, et là, je suis en train de faire un livre. C’est passé par plein d’étapes et, en fait, je n’ai pas envie que, sur l’étape finale, le bébé parte entre les mains de gens… pour qui ce livre sera juste un titre de plus dans leur catalogue.
J’ai travaillé trois ans dans l’édition, donc j’ai une expérience encore assez maigre, on va dire. Surtout que c’était dans une petite maison d’édition, qui ne fonctionne pas du tout comme les grosses structures. Mais voilà, de ce que j’ai pu constater, sans dénigrer quoi que ce soit, parce que c’est une réalité du métier, c’est que mon livre traite d’un sujet de niche : l’essai sur le manga. Et il n’y a pas encore un très grand public pour ça en France.
Même si un éditeur spécialisé prenait en charge mon livre, il n’y aurait a priori pas de gros enjeux financiers autour. Donc, peu de chances que ce soit une priorité pour eux.
Pour toutes ces raisons, j’ai décidé de l’auto-éditer. Surtout que, bon, je me suis tapé cinq ans d’études pour être éditeur… autant finir moi-même le travail ! (rire)
Bien évidemment, cette décision impliquait de mettre en place une campagne Ulule pour financer l’impression du livre. Et donc, la question qui s’est posée, c’était : À quel moment je lance la campagne ?
Sachant que j’ai terminé mon mémoire en septembre 2024, soit je le faisais en octobre/novembre 2024, soit j’attendais un peu plus. Parce qu’en décembre, il y a Noël, en janvier, les gens sont à sec à cause des cadeaux (rire), et en plus, fin janvier, il y a le Festival d’Angoulême. Donc, je savais que potentiellement, une partie des gens que je pouvais cibler allaient garder un peu de leur budget pour le festival.
Je me suis dit : Si je ne prends pas le créneau octobre-début novembre, après, je suis mort pour trois ou quatre mois.
Sauf que le rendu du mémoire était prévu pour début septembre… ça voulait dire que pour le 6 octobre, ma campagne devait être prête, avec une couverture, des corrections… Ce n’était pas tenable. Autant prendre le temps.
Donc, finalement, j’ai opté pour février-mars 2025.

GNP : Par rapport au mémoire, quels sont les ajouts ou les modifications apportés pour le livre ?
M.G : Déjà, je me suis imposé de ne pas toucher au mémoire pendant deux mois, pour oublier un peu son contenu. Parce que le plus dur, c’est de se relire quand on a encore tout en tête… Du coup, on ne voit rien, et c’est terrible.
Donc, j’ai fait ça, puis j’ai corrigé et réécrit certains passages. Mais globalement, ce sont les mêmes parties, les mêmes chapitres, les mêmes sous-parties que dans le mémoire.
J’ai quand même fait quelques ajouts, parce qu’entre-temps, il y a eu de nouveaux projets, par exemple Manga Issho de Kana, qui a été révélé. Je l’ai intégré légèrement, parce que je ne pouvais pas en parler en détail, n’ayant pas encore eu l’objet entre les mains. Mais voilà, je tenais à le mentionner pour ouvrir la réflexion : Dans les années à venir, que peut-il arriver concernant les magazines de prépublication en France ?
J’ai aussi épuré les notes de bas de page pour rendre le livre plus agréable à lire et le différencier du mémoire universitaire, où toute information apportée doit être absolument justifiée.
Mais le principal travail, ça a été de corriger les fautes d’orthographe et de faire quelques ajustements pour que le texte soit plus accessible. Même au niveau de la maquette, j’ai choisi des typos un peu plus funky que celles de mon mémoire.
J’ai aussi demandé à un ami de refaire mes graphiques pour qu’ils soient de meilleure qualité que ceux du mémoire. Et j’ai sollicité un graphiste pour modifier la couverture, parce que je me suis dit : Étant donné que je vends ce livre et que je demande de l’argent aux gens, il faut quand même que la couverture donne envie de le lire.
Les visuels sont actuellement sur Ulule. Il y a d’ailleurs une nouvelle version que mon ami est en train de peaufiner et que je compte partager prochainement.
GNP : Quels ont été tes processus de recherche pour comprendre l’évolution des magazines de prépublication, aussi bien au Japon qu’en France ?
M.G : Alors, au tout départ, quand j’ai fait la vidéo YouTube il y a huit ans, je me suis un peu basé sur les connaissances que j’avais, parce qu’à cette époque, j’étais moins rigoureux.
Pour Mangashi, ça s’est fait en plusieurs étapes. Quand j’étais en DUT et que j’ai fait mon premier mémoire consacré au manga français, j’ai déjà lu des premiers livres, comme Histoire du manga de Karyn Nishimura-Poupée, qui est une de mes références. C’est vraiment un livre qui m’a accroché à l’histoire du manga et même à l’écriture sur le sujet. J’ai vraiment beaucoup, beaucoup aimé cette lecture.
J’avais donc déjà quelques premières sources sur le manga en général et, nécessairement, au Japon, quand tu parles d’histoire du manga, tu parles aussi des magazines de prépublication, car les deux sont étroitement liés. Donc, parmi la liste des livres que j’avais déjà lus, je savais que j’allais devoir en relire certains pour les sources de mon mémoire sur la prépublication en France.
Ensuite, comme je savais que le mémoire n’arrivait pas tout de suite, j’ai eu environ deux ans et demi, trois ans d’attente avant de pouvoir m’y remettre. Pendant ce temps, j’ai mis des articles de côté, notamment parce que entre temps j’ai écrit un article sur le sujet pour le fun et dans le cadre d’un projet scolaire. Contrairement à ma vidéo de huit ans plus tôt sur le même sujet, j’avais cette fois fait quelques recherches supplémentaires.
Petit à petit, je me suis donc constitué un dossier de favoris : dès que je tombais sur un article en lien avec mon futur mémoire, je le mettais de côté. Pareil pour les livres : quand je me baladais en librairie et que j’en voyais un qui pouvait m’être utile, je l’ajoutais dans mon dossier favoris pour l’acheter plus tard ou sur le moment.
Puis, arrivé en master, je me suis retrouvé avec une belle liste de sources… peut-être un peu trop longue. Là, en voyant la quantité, je me suis dit : Oulàlà, il va peut-être falloir commencer à lire plutôt que de continuer à accumuler, sinon ça va être compliqué !
J’ai donc pris une grosse session pour tout lire, ce qui m’a pris plusieurs semaines. En gros, je lisais avec un crayon à papier et un bloc de post-it pour marquer les pages. J’ai gribouillé dans mes bouquins et mis des repères partout. Ensuite, une fois ma lecture terminée, j’ai tout reporté sur un document… qui faisait, si je me souviens bien, environ 70 pages. C’était un peu angoissant (rire).
Dans ces 70 pages, je notais strictement tout ce qui était dans mes sources, pour pouvoir citer directement sans avoir à rouvrir chaque bouquin à chaque fois. Et aussi, pour éviter le plagiat : en voyant la phrase originale, je pouvais la reformuler proprement si besoin.
Une fois ce travail fait, j’ai tout re-trié pour répartir les citations dans les différentes parties : l’histoire du manga en France, l’histoire du manga au Japon, l’histoire des magazines de BD en France, etc. Petit à petit, ça s’est structuré.
À partir de là, je me suis retrouvé avec un plan rempli de sources, et j’ai écrit autour de ça. J’éliminais ou ajoutais des références selon les besoins. Et voilà, ça s’est construit comme ça, petit à petit.
GNP : Dans le livre, tu compares la BD franco-belge et le manga. Pourquoi cette comparaison était-elle, selon toi, essentielle pour mieux comprendre le manga en France ?
M.G : Ça, je m’en suis rendu compte en écrivant l’article justement. J’ai pris conscience de cette question : pourquoi on n’a pas de Jump en France, par exemple ? Alors, il y a eu des tentatives, mais j’utilise le mot Jump parce que c’est le plus connu et aussi pour son rayonnement. Même si des magazines de manga ont existé en France, comme Shonen Collection de Pika ou Kaméha de Glénat, on n’a jamais eu un magazine avec l’impact du Jump.
En me questionnant, je me suis dit : Mais attends, Glénat avait Tchô !. Et avant Tchô !, il y avait eu d’autres magazines du même genre, comme Pilote, Le Journal de Tintin ou Métal Hurlant. Tous ces magazines étaient de la prépublication.
Alors, comment ça se fait qu’avec une telle histoire de prépublication en France, comparable à celle du manga au Japon, même si ce n’est pas tout à fait dans les mêmes proportions, même en tenant compte de la différence de population, qu’on n’ait pas de magazines de manga qui perdurent ? Parce que si tu demandes à des lecteurs de BD de 40 ans ou plus, ils ont presque tous lu l’un de ces magazines ou savent au moins de quoi il s’agit.
Du coup, je me suis demandé : Pourquoi aujourd’hui, on a l’impression que la France est un pays d’albums ou de livres alors que notre histoire de la BD montre le contraire ? Il y a clairement eu une époque où notre modèle ressemblait à celui du manga au Japon.
À partir de là, j’ai commencé à enquêter, à essayer de comprendre. Et c’est là que je suis tombé sur Publier la bande dessinée de Sylvain Lesage, qui a été le deuxième livre le plus essentiel pour la construction de mon mémoire. C’était une vraie mine d’or pour moi, car il m’a permis de comprendre à quel moment le modèle japonais et le modèle français ont commencé à diverger. Et ces différences sont énormes quand on les observe aujourd’hui, surtout pour quelqu’un de ma génération qui regarde la BD française sans en connaître tout le passé.
« Du coup, je me suis demandé : Pourquoi aujourd’hui, on a l’impression que la France est un pays d’albums ou de livres alors que notre histoire de la BD montre le contraire ? Il y a clairement eu une époque où notre modèle ressemblait à celui du manga au Japon. »
GNP : As-tu eu l’occasion de rencontrer des éditeurs de différentes maisons, en France ou même au Japon, comme ceux du Shōnen Jump ?
M.G : Pas du tout ! C’est un truc qui m’a un peu pris la tête dans le sens où, c’est vrai, je n’ai pas tellement cette démarche journalistique d’aller enquêter sur le terrain. Je suis plutôt habitué à travailler avec des sources écrites. Et je me suis vraiment posé la question, c’était un sujet de conversation avec mes directeurs.
Mais le truc, c’est que toutes les informations dont j’avais besoin étaient déjà présentes dans les livres. Typiquement, pour Pilote, j’aurais pu essayer de contacter des anciens de la rédaction. Mais il existe pas mal de livres qui racontent en détail la vie du magazine. Et moi, je suis tombé sur une BD réalisée par deux journalistes qui sont allés à la rencontre des auteurs de Pilote et qui retracent son histoire. Donc, pour la plupart des sujets importants, j’avais déjà tout ce qu’il me fallait dans les bouquins.
Concernant le Shōnen Jump, déjà, ça aurait été compliqué de les contacter directement. Mais l’histoire du Jump est très bien documentée, notamment dans le fameux livre L’Âge d’or du Jump de Hiroki Gotō (ancien rédacteur en chef du Weekly Shōnen Jump de 1986 à 1994), publié chez Kurokawa. Ce livre contient au moins une source majeure par gros magazine ou par sujet important. Donc en réalité, il y avait déjà dedans des interviews des personnes concernées, parfaitement utilisables pour un mémoire.
Mon directeur m’a d’ailleurs rassuré en me disant : « Mais même si tu les contactes, qu’est-ce que tu aurais de plus que ce que tu as déjà dans les livres ? » Donc, pour gagner du temps et alléger une charge de travail qui était déjà conséquente, je n’ai pas poussé cette démarche plus loin. Et puis, même si j’avais réalisé des interviews, je n’aurais sans doute pas eu plus d’informations que ce que j’ai trouvé dans les ouvrages que j’ai étudiés.
GNP : D’ailleurs, en parlant du monde de l’édition japonaise, est-ce que les informations sur le Shōnen Jump présentées dans le manga Bakuman sont fidèles à la réalité ?
M.G : Pas du tout ! Enfin, j’exagère un peu. J’adore Bakuman, mais il a un côté très narratif, très shōnen nekketsu. Plusieurs mangakas se sont d’ailleurs plaints parce qu’il ne reflète pas totalement la réalité du métier. Il manque des aspects essentiels de la vie de mangaka. Il met trop en avant l’esprit Let’s go, c’est dur, mais avec de la sueur et de la détermination, on va y arriver, une vision très idéalisée et typiquement japonaise. Alors que dans les faits, ce n’est pas toujours ça.
Par contre, deux mangas m’ont beaucoup aidé, même si je ne les ai pas directement pris comme sources. Ils m’ont permis d’orienter certaines recherches et raisonnements. Le premier, Bienvenue chez Protect (édité chez Agatha), qui suit une consultante stagiaire qui aide un mangaka à s’auto-publier. Il m’a vraiment éclairé sur l’aspect économique. Le second, c’est Réimp’ !, que je recommande pour ceux qui ont aimé Bakuman. C’est un peu la version tranche de vie de Bakuman, avec moins d’exagération shōnen, mais une vision beaucoup plus réaliste du métier et des interactions entre les différents acteurs de l’édition.
GNP : Pour qu’on imagine un magazine de prépublication de manga en France, il faut un public. Justement, comment expliques-tu le fait que les Français consomment encore autant de mangas aujourd’hui ?
M.G : Ce n’est pas arrivé d’un coup, ça a été difficile, comme toute nouvelle littérature. Déjà, le manga arrive en France à travers les adaptations animées et non pas par le livre. Du coup, c’était très compliqué. C’étaient surtout les enfants qui regardaient, et les parents n’aimaient pas beaucoup ça. C’est vraiment avec Dragon Ball et Akira que le manga va connaître ses premiers succès en librairie. Donc, petit à petit, les premiers éditeurs sont apparus en se disant : « Bon bah voilà, il y a eu quelques succès déjà, donc on va pouvoir commencer. » Et donc, fin 90 – début 2000, notamment dans les années 2000, il y a eu une vraie augmentation du marché avec de plus en plus d’éditeurs, de plus en plus de propositions. C’est là aussi qu’on a découvert One Piece, Naruto, Bleach, Fairy Tail. Enfin voilà, il y a eu de très gros hits qui ont accompagné la 2e génération de lecteurs, puisque la première était celle déjà des années 90 avec Dragon Ball, Akira, Ranma 1/2, etc. Et donc, ça a été la première grosse augmentation du manga, ça s’est un peu calmé, puis ça a repris à partir de 2017.
« Ce n’est pas arrivé d’un coup, ça a été difficile, comme toute nouvelle littérature. Déjà, le manga arrive en France à travers les adaptations animées et non pas par le livre. Du coup, c’était très compliqué. C’étaient surtout les enfants qui regardaient, et les parents n’aimaient pas beaucoup ça. C’est vraiment avec Dragon Ball et Akira que le manga va connaître ses premiers succès en librairie. »
Parce que, nouvelle génération de lecteurs, le marché a réussi à se stabiliser, à prendre la suite de Fairy Tail, de Naruto, qui s’étaient arrêtés, avec de nouvelles propositions. Parce que c’est ça aussi la force du manga, c’est que, voilà, en 2017, il y avait, je pense, une bonne proportion entre les anciens lecteurs des années 2000 qui ont continué à lire et les gens qui, à l’époque, étaient trop jeunes ou pas encore nés, et qui, entre-temps, se sont mis à lire du manga.
Donc voilà, la taille de consommateurs, pour le dire un peu froidement en termes commerciaux, a augmenté, notamment grâce au confinement et aussi grâce à une espèce de démocratisation de la culture manga, qui est beaucoup passée par les animés, notamment grâce à Netflix. Cela a permis d’avoir de nouveaux fans de mangas. Pour moi, L’Attaque des Titans est le parfait exemple de ça, car beaucoup de non-lecteurs de mangas sont entrés dans ce monde avec L’Attaque des Titans. À l’époque, quand j’étais au collège/lycée, ce n’était pas très cool de lire des mangas, etc. On était une niche.
Or, aujourd’hui, le manga s’est tellement démocratisé que c’est devenu un divertissement consommé par la population au sens large. Ainsi, aujourd’hui, le manga n’est plus réservé aux fans inconditionnels. Ce qui peut entraîner, chez les fans de la première heure, un sentiment de dépossession. Combien de fois j’ai dû me cacher quand j’étais au collège avec mes potes, parce que si on en parlait trop fort, on se foutait de notre gueule, parce que « les mangas, c’est pour les enfants », etc. Et que 15 ans plus tard, je vois sur Facebook le même gars qui me critiquait dire fièrement qu’il regarde maintenant L’Attaque des Titans. Je me dis : « Le retournement de veste a été rapide ! » et tant mieux. Mais c’est vrai qu’en termes d’ego, des fois, on se dit : « Ah, je me sens dépossédé, c’était mon truc. » Et c’est débile comme sentiment, parce que tant mieux s’il y a plus de lecteurs pour One Piece. Tant mieux si, à présent, on peut lire du manga sans qu’on se moque de nous. C’est une bonne chose. Mais c’est vrai que la transition n’est pas toujours simple à appréhender.
Et puis maintenant, on le voit aussi : il y a les premiers fans de mangas des années 90. Désormais, ils ont vieilli, donc ils ont plus de chances d’être à des postes de responsabilité. Par exemple, à Angoulême, en organisant des expositions mettant en avant Naoki Urasawa ou Hajime Isayama. Et donc, on est passés de « Ouais, le manga s’est diffusé un peu bizarrement, faut aller le regarder en streaming, on sait pas trop où vont les enfants pour regarder ça. » À des expos sur le manga au festival de la BD. Tout de suite, ce n’est plus du tout la même perception qu’on a de la culture.
« Aujourd’hui, le manga s’est tellement démocratisé que c’est devenu un divertissement consommé par la population au sens large. Ainsi, aujourd’hui, le manga n’est plus réservé aux fans inconditionnels. »
GNP : Tu parlais de la fin de Naruto, etc. Là, actuellement au Japon, My Hero Academia et Jujutsu Kaisen se sont terminés. Penses-tu que la fin de mangas cultes peut entraîner une diminution de la consommation de mangas en France ?
M.G : Ouais, carrément, c’est ce qui s’est passé au milieu des années 90 au Japon déjà, puisque, en l’espace d’un ou deux ans je crois, le Jump a perdu Dragon Ball, Slam Dunk et Yu Yu Hakusho qui étaient les trois séries qui le faisaient vivre en très grande partie. Bon, en même temps, il y a eu la crise de la presse, hein, donc il n’y a pas eu que ça, loin de là. Mais effectivement, quand tu perds tes trois séries phares, que les gamins s’arrachent toutes les semaines pour connaître la suite, et que là il n’y en a plus aucune des trois, ça pose des questions. Notamment, comment on renouvelle notre lectorat ? Comment on fait pour recréer autant d’engouement ? Et en France, le phénomène est un peu le même, en fait. Parce que l’exemple que j’aime bien donner, c’est celui de Fairy Tail. Par exemple, on va dire que chaque volume de Fairy Tail se vend à 50 000 exemplaires. Ça veut dire que tous les 2-3 mois, tu sors un tome de Fairy Tail, que tu traduis de la version japonaise, et tu sais que tu vas à peu près vendre 50 000 exemplaires dans les semaines/mois qui suivent.
Donc, tu sais qu’avec le prix de l’exemplaire de Fairy Tail, au bout de 3 mois, tu auras généré tant d’argent. Cet argent, au bout de 63 volumes, ça devient une habitude et tu t’en sers pour faire autre chose. Tu t’en sers pour payer tes salariés, pour payer ta structure. Mais étant donné que tu vends autant, tu te dis : « Ben, l’argent qui est généré grâce à Fairy Tail, on va peut-être l’investir sur d’autres séries. » Parce que dans l’édition, généralement, le ratio dans l’édition, en tout cas en BD, c’est une BD sur 10 qui est rentable et 7 BD sur 10 qui payent les 9 autres qui vont être juste à l’équilibre ou déficitaires. C’est à peu près ça, le chiffre qui est généralement donné.
Donc, ça veut dire que Fairy Tail, par exemple, finançait peut-être 6 ou 7 autres mangas qui, eux, sont beaucoup moins connus. Mais qui ont quand même une base de lecteurs et qui permettent de faire des ventes en plus. Le problème, c’est que le jour où Fairy Tail s’arrête, tu perds tes 50 000 et tu perds les revenus de ces 50 000 exemplaires vendus par tome. Donc, ça veut dire qu’en fait, toi, tu payais 20 personnes, par exemple, dont 5 qui étaient principalement dédiées à l’exploitation de Fairy Tail, parce que ça demande beaucoup de boulot. Sauf que l’argent qui venait de Fairy Tail n’est plus là pour payer les 8 ou 9 autres séries derrière qui vont avoir du mal à vivre toutes seules.
Malheureusement, des séries qui se vendent à 50 000 exemplaires, ça ne court pas les rues. Et donc là, tu te retrouves devant un gros enjeu économique, et qui généralement n’est comblé que par une seule chose : c’est la fuite en avant. C’est de dire, plutôt que de vendre une seule série comme Fairy Tail à 50 000 exemplaires, tu vas essayer de vendre 5 autres mangas qui auront pour objectif de se vendre chacune à 10 000 exemplaires. Sauf qu’en faisant ça, tu ne sais pas si tu vas les vendre chacune à 10 000 exemplaires. Parce que, nécessairement, ça veut dire que pour les consommateurs, au lieu d’acheter un manga à 6,50€, il faudrait qu’ils en achètent 5 à 6,50€ afin que l’éditeur maintienne son niveau de revenus. Sauf que peut-être eux, après la fin de Fairy Tail, sur les 5 séries qu’ils publient, il y en a peut-être 2 qui vont les tenter, mais les 3 autres, ils vont faire l’impasse, que ce soit par manque d’intérêt ou d’argent. Alors, oui certes, tu remplaces une série par cinq qui doivent se vendre au total à autant que Fairy Tail se vendaient. Sauf qu’il n’y a pas forcément plus de lecteurs sur le marché. Et donc, c’est un problème que les éditeurs peuvent rencontrer avec des séries à succès. Même si parfois, les séries terminées continuent à bien se vendre, comme a pu le faire Naruto.
Mais cet exemple de Fairy Tail montre l’enjeu pour les éditeurs : comment continuer à intéresser les lecteurs quand les gros succès se terminent. Admettons, on prend l’hypothèse que One Piece, Naruto, Fairy Tail se seraient arrêtés tous en même temps sur le marché français. À l’époque, ces trois-là faisaient 60% des ventes à eux seuls. Potentiellement, tu perds une grosse partie de lecteurs de manga qui se disent : « Bon, de toute façon, moi mes séries sont terminées, j’achète plus de mangas », et qui vont se découvrir une autre passion ou un autre truc, et qui reviendront peut-être plus au manga, ou alors que dans 10 ans. Et donc, il y a ce besoin aussi de constamment abreuver le marché pour capter l’attention des lecteurs.
« Dans l’édition, généralement, le ratio dans l’édition, en tout cas en BD, c’est une BD sur 10 qui est rentable et 7 BD sur 10 qui payent les 9 autres qui vont être juste à l’équilibre ou déficitaires. C’est à peu près ça, le chiffre qui est généralement donné. »
Pour revenir sur My Hero Academia (MHA), effectivement, chaque période où tu as plusieurs titres qui s’arrêtent, là, en l’occurrence, MHA et Jujutsu Kaisen se terminent à peu près en même temps. Sachant qu’en France, c’est le même éditeur, il y a un vrai enjeu de dire : « Bon, là, faut envisager la suite », et cette suite, faut que tu l’envisages bien avant que les séries se terminent. Parce que typiquement, MHA, je crois, était publié quand Fairy Tail n’était pas encore terminé en France, je crois. Mais au départ, MHA n’avait pas du tout l’engouement qu’on lui connaît. C’est petit à petit que c’est devenu MHA, l’un des trois nouveaux gros piliers du manga en France et au Japon. Mais c’est une notoriété qui prend du temps à se construire, comme partout. C’est pas genre tu sors de nulle part, genre « Ah, c’est bien, boum, ça y est, 6 000 000 de fans ! » Ça prend du temps et ce temps-là peut être fatal s’il est mal anticipé, tout en sachant qu’il est dur à anticiper parce que tu ne sais jamais vraiment quel va être le niveau de succès. Typiquement Bleach, ce dernier était dans le Big Three avec One Piece et Naruto dans le Jump. Alors qu’en France, au niveau de la popularité derrière Naruto et One Piece, c’est Fairy Tail qui fermait le podium.
« Typiquement Bleach, ce dernier était dans le Big Three avec One Piece et Naruto dans le Jump. Alors qu’en France, au niveau de la popularité derrière Naruto et One Piece, c’est Fairy Tail qui fermait le podium. »
GNP : Pour rester sur le Jump, ce dernier a mis en place Manga Plus. Selon toi, comment le passage des formats papier aux formats numériques impacte-t-il la consommation de mangas au Japon ainsi que les magazines de prépublication ? Et quel rôle a le format numérique sur la possible pérennisation des magazines de prépublication en France ?
M.G : Contrairement au Japon et aux USA, on a du mal en France avec la lecture numérique. Mais ça commence à arriver, parce qu’on a de très bons projets, comme Manga IO, qui arrive comme étant le Netflix du manga en France, et c’est super. En tout cas, l’offre est adaptée aux attentes et aux façons de consommer actuelles, car je pense que pour notre génération, et contrairement à celle d’avant, il y a moins d’attachement à la version physique du magazine Jump, cet objet un peu fantasmé par l’ancienne génération, vu qu’en France cet objet n’existait pas.
Pour moi, la dématérialisation des magazines de prépublication est la suite logique, parce qu’à l’origine, les magazines étaient là pour proposer des mangas le plus vite possible et le plus souvent possible aux gens. Actuellement, on vit dans une époque et cela depuis 10 ans, voire plus où le numérique est beaucoup plus rapide que le papier pour remplir les fonctions originelles de ces magazines. En un clic, tu peux tout avoir sur ton smartphone. Avec le numérique, les gens n’ont plus besoin de se déplacer pour aller chercher ou découvrir des mangas issus des magazines.
Étant donné que l’industrie du manga est une industrie où les besoins et jugements des consommateurs sont au centre de la réflexion, clairement, le numérique est une évolution normale. Après, ce n’est pas pour autant que la prépublication disparaît. Non, c’est juste qu’elle évolue. Par exemple, aujourd’hui, chaque dimanche, certains vont sur Manga Plus ou GlénatMax pour lire leur chapitre de One Piece. C’est toujours de la prépublication, mais sous une forme différente.
« Aujourd’hui, les éditeurs collent très fortement au rythme japonais, si ce n’est que moi je me souviens, avec One Piece, avant on avait 4-5 volumes de retard, maintenant on a un volume de retard. Allez, deux parfois, dû au délai de traduction, mais on colle au rythme. Donc quel intérêt il y aurait d’avoir cette prépublication en France ? »
GNP : Il y a des magazines de prépublication de mangas français comme Spatule Bros, Manga Issho ou Konkuru, qui vient tout juste de commencer. Penses-tu que ces magazines soient viables et qu’ils parviendront à trouver leur public en France ?
M.G : Je pense que ça va être dur parce qu’au Japon, l’industrie du manga, ça a commencé par les magazines de prépublication qui ont toujours été conservés comme étant les socles du système par les éditeurs, parce que ça leur permet pas tant de générer de l’argent que d’avoir des laboratoires, en fait, pour tester des auteurs, leur permettre de se faire la main et évaluer le potentiel commercial des différentes histoires.
En France, le manga est arrivé par les dessins animés. C’est un peu bizarre de dire ça, mais quand Dragon Ball a commencé à être publié, par exemple, par Glénat, au départ, le manga Dragon Ball était presque perçu comme un produit dérivé du dessin animé, alors que c’est l’inverse. Contrairement au Japon, il n’y avait pas cette habitude de lire des chapitres. Sachant aussi qu’au niveau des BD, les magazines de prépublication comme Pilote étaient terminés il y a au moins 10 ans, quand les mangas étaient plus présents en librairie.
Aujourd’hui, les éditeurs collent très fortement au rythme japonais, si ce n’est que moi je me souviens, avec One Piece, avant on avait 4-5 volumes de retard, maintenant on a un volume de retard. Allez, deux parfois, dû au délai de traduction, mais on colle au rythme. Donc quel intérêt il y aurait d’avoir cette prépublication en France ? Alors encore une fois, je parle de One Piece parce que c’est mon manga préféré, et que voilà, il caractérise une exception dans le sens où oui, One Piece, il y a vraiment une communauté forte, un engagement qui fait que pour ce dernier, il y a un besoin de le lire semaine après semaine et de pas attendre tous les 3 mois avec la sortie du volume entier.
Mais mis à part One Piece, est-ce que pour des mangas que j’adore, comme Les Carnets de l’Apothicaire, Les Enfants d’Hippocrate ou Blue Giants, il y aura une vraie demande de lire ces mangas là chapitre par chapitre plutôt qu’en tome relié, quitte à attendre plusieurs mois pour avoir plusieurs chapitres d’un coup ? En vrai, je ne sais pas. C’est pour ça que je pense que c’est difficile, parce que les tentatives de magazines de prépublication ont échoué.
Après, les tentatives ont échoué parce qu’elles étaient faites à une époque où le marché du manga ne ressemblait pas du tout à ce à quoi il ressemble aujourd’hui. Donc peut-être qu’il y a des formules qui peuvent exister et peut-être que, effectivement, là ça paraît compliqué avec le marché actuel, mais si quelqu’un a une idée ou un format révolutionnaire, il se peut que ce soit le marché en réponse à cette idée de génie qui change comme ça se passe souvent.
(Légère hésitation) C’est hyper compliqué de répondre à la question. Pour moi, en l’état actuel des choses, la prépublication ne répond pas forcément aux besoins des lecteurs, donc c’est compliqué de le faire. Mais dans le cadre des projets comme Manga Issho ou Spatule Jump) dont on parle, pour moi, ils ont peut-être la solution dans le sens où il ne s’agit pas de proposer en avance un manga traduit, mais de proposer un manga en avance qui n’existe pas avant ça.
Manga Issho, avec Kana, le fait à une échelle encore plus professionnelle, dans le sens où ils ont les moyens d’un gros groupe éditorial, contrairement à la plupart des autres projets qui sont beaucoup de fans qui se défoncent corps et âme pour leur projet, et je trouve ça incroyable.
Mais effectivement, avec sa force de frappe, Manga Issho peut faire changer les choses, étant donné qu’il y a uniquement de la création originale d’auteurs européens. En plus, les auteurs européens aujourd’hui sont plus solides, disons, qu’à l’époque, parce qu’au début des années 2000, les auteurs n’avaient pas forcément digéré ce qu’est l’art du manga, entre guillemets. Là, les auteurs qui participent, franchement, de ce que j’ai vu, ça a l’air vraiment très solide. Et je me dis, ouais, en vrai, il peut y avoir un vrai truc, du style « on lit nos mangas » et d’avoir de gros succès. La preuve, c’est qu’en France, Dreamland ( réalisé par le mangaka Reno Lemaire ) ou Radiant (réalisé par le mangaka Tony Valente) et maintenant de plus en plus d’autres mangas français connaissent de vrais succès à l’échelle du marché et pas seulement en tant que mangas français, mais en tant que mangas tout court sur le marché en France.
GNP : Dans la bio de ta page Ulule, tu dis : « J’ai découvert les véritables raisons de l’absence des magazines de manga en France… et pourquoi la situation pourrait bien changer ! » Sans trop spoiler, mais pour faire écho à la question précédente, quel a été le point de bascule permettant la mise en place de Manga Issho, etc. ? Et pourquoi était ce impossible avant ?
M.G : C’est un peu ce dont j’ai parlé concernant l’impossibilité, notamment la taille du marché et les auteurs. Je ne rentre pas trop dans les détails pour ne pas spoiler, parce que j’en ai déjà dit beaucoup. Mais entre faire un manga où, par exemple, t’as Renaud Lemaire ou un auteur qui signe avec toi pour dire : « Oui, je vais vous faire un manga pour vous », et être l’éditeur qui le crée, et publier des mangas que t’as négociés auprès des Japonais, où il va falloir que tu traduises, que tu respectes leurs conditions, etc., il n’y a vraiment rien à voir.
Je pense aussi que faire de la prépublication sur de la traduction, c’est un peu casse-gueule, parce que tu es déjà en retard, en fait, quoi que tu fasses, puisque de toute façon, c’est déjà sorti au Japon. Là, sur la création originale, c’est toi qui as la primeur de la nouveauté, et ça fait toute la différence. Puis, comme je le disais, aujourd’hui on a de plus en plus d’auteurs aguerris ou jeunes mangakas qui ont des histoires à raconter. Cela permet de créer un vrai vivier de talents. Maintenant, la question est de savoir si cette formule peut se pérenniser dans le temps.



