C’est le nouveau jeu sur lequel on ne pouvait absolument pas faire l’impasse, et on pense que les fans d’énigmes et de puzzles vont être aux anges. Rappelez-vous, il y a quelques années, le studio français Draw Me A Pixel sortait l’ovni There Is No Game. Porté par le bouche-à-oreille, les vidéos de nombreux streamers et des critiques dithyrambiques sur Steam, ce titre indépendant avait franchi la barre symbolique du million de ventes pour le tout premier projet du studio. Fun, doté d’un humour bien trempé où le rire est roi, et proposant des énigmes poussant à réfléchir constamment en dehors du cadre (thinking outside the box), le jeu s’était bâti une solide notoriété sur la scène indé.
Le studio continue aujourd’hui sur sa lancée avec une toute nouvelle aventure qui marque le retour de personnages très appréciés du premier opus. Intitulé Crushed in Time, ce nouveau jeu suit les péripéties rocambolesques de Sherlock Holmes et du Dr. Watson (qui étaient dans There is no game) alors qu’ils reçoivent une mystérieuse lettre signée d’une certaine Emma. Alors, que vaut réellement cette nouvelle production ? Est-elle aussi brillante, drôle et surprenante ? On vous décortique tout dans ce test complet, réalisé grâce à une clé Steam gracieusement fournie par l’équipe de Draw Me A Pixel !

Une nouvelle aventure pour Holmes et Watson

Nous voici donc de retour dans l’univers très particulier des développeurs de There Is No Game, où l’histoire, les personnages et vous, le joueur, êtes amenés à interagir en permanence. C’est ce qui a fait la patte du studio lors de son premier jeu et qui fait également partie de ce deuxième opus, que l’on peut clairement qualifier de spin-off. On retrouve ainsi le docteur Watson et le détective Holmes, apparus brièvement dans un chapitre de There Is No Game. Leur histoire de mondes parallèles et d’espace-temps était visiblement assez intéressante pour que les développeurs aient envie d’en faire un jeu à part entière. Tout un lore a été travaillé autour d’eux, et l’histoire est beaucoup plus poussée que lors de leur brève apparition dans le premier titre. Et ça se voit dès le début !
À peine lancé, une sorte de vidéo d’introduction nous transporte dans l’univers du jeu : les développeurs semblent avoir un très gros souci lors du lancement de leur production, à cause d’un bug sur l’un de leurs personnages… Malheur, un désastre se produit ! Impossible de jouer au jeu et les reviews négatives commencent à affluer de partout. Cette mécanique de gameplay est d’ailleurs une excellente trouvaille ! En revisitant le genre classique du point-and-click, le studio parvient à briser le quatrième mur de manière très concrète. Le fait de devoir manipuler physiquement l’interface et d’étirer ce curseur transforme chaque interaction en un mini-casse-tête en soi. C’est ludique, ultra-intuitif et cela renforce l’immersion en nous donnant l’impression de pirater directement le code du jeu pour progresser. Une superbe idée qui reste en tête bien après avoir terminé le jeu !
L’introduction terminée, on passe au cœur du sujet : l’histoire de Holmes et Watson. Les deux compères n’ont bien évidemment pas perdu leurs traits de caractère de There Is No Game. On retrouve un Sherlock pas très futé et très égoïste, qui n’a pas grand-chose d’un vrai détective, et un Watson tout petit qui, en comparaison, se montre un peu plus intelligent que son partenaire. Alors que l’on commence à comprendre les mécaniques de gameplay assez vite (le jeu nous aide beaucoup, même si les énigmes du début laissent penser que le titre possède sa propre logique), un facteur qui prend d’ailleurs Watson dans ses bras de façon assez bizarre leur dépose une lettre. Elle vient d’une certaine Emma, sauf qu’aucun d’eux ne connaît personne portant ce nom. Intrigué, le duo veut percer ce mystère (« Élémentaire, non ? ») et cherche à découvrir à tout prix qui est cette femme.
L’aventure commence vraiment et nous fait voyager dans plusieurs lieux pour mener l’enquête : une prairie, un château et bien d’autres décors dans d’autre univers du jeu. Mais comme on vous l’expliquait un peu plus haut, l’histoire ne sera pas de tout repos. On comprend assez vite que l’introduction est intimement liée à l’intrigue de Holmes et Watson. En traversant l’espace et le temps, vous allez devoir retrouver Emma et comprendre ce qui se trame réellement dans cet univers. (PS : On a adoré !)


Un point and click élastique

Le premier jeu de Draw Me A Pixel avait déjà placé la barre très haute côté histoire et côté gameplay, et il semblerait que ce soit également le cas ici. Si le jeu reste un point-and-click traditionnel dans l’âme, il diversifie sa manière de jouer grâce à un système élastique où, pour valider des actions, vous devez étirer et relâcher le curseur que vous attrapez. Utilisée de toutes les manières possibles, cette mécanique vous met à l’épreuve à chaque nouvelle énigme. Le jeu vous demandera ainsi de tirer sur des objets comme le chapeau de Holmes au début, de déplacer des meubles, de bander le curseur comme si vous étiez au tir à l’arc avec le pot de miel, ou même d’activer le moteur de la Sherlock’o Motive en tournant avec votre curseur ! C’est un point-and-click original offrant un gameplay fun et stretch à souhait ! Bienvenue dans une expérience follement élastique et infiniment méta !
Bien évidemment, le jeu vous aide en mettant des points de repère sur les objets avec lesquels vous pouvez interagir ou que vous pouvez déplacer. Car même s’il est possible d’étirer les coins de votre écran ou la tête de vos personnages, le titre vous permet toujours d’entrevoir les actions nécessaires pour avancer. Le jeu nous fait bien comprendre que la logique classique ne fonctionne pas ici. Il faudra faire marcher ses petites cellules grises (petite référence à Hercule Poirot pour ceux qui l’ont) et adopter une mentalité de Thinking Outside The Box. Nous sommes d’ailleurs restés bloqués une fois sur une énigme où, en incarnant Holmes, on devait faire en sorte que Watson arrête de se cacher, et on doit bien avouer que les indices nous ont été d’un grand secours pour nous débloquer. (Il n’y qu’une seule solution pour chaque énigme.)


Une direction artistique qui donne envie !
On ne peut que souligner le travail fantastique réalisé sur la direction artistique de ce spin-off, qui a été particulièrement soignée et modernisée par le studio Draw Me A Pixel. Là où There Is No Game: Wrong Dimension misait avant tout sur un pixel-art rétro et minimaliste ultra-efficace, Crushed in Time adopte un style hybride en « 2,5D ». Le jeu mélange habilement des personnages dessinés en 2D à la main avec des éléments et des décors en 3D, jouant constamment sur cette dynamique visuelle pour tordre sa propre réalité et surprendre le joueur.
Visuellement, c’est un régal : les environnements insolites traversés bénéficient d’une colorimétrie vibrante et toujours très flatteuse pour la rétine, portée par un chara-design de protagonistes à la fois fun et cartoon.
De plus, cette nouvelle esthétique permet de faire ressortir la personnalité délirante des personnages avec encore plus de force à travers leurs expressions et leurs animations. On s’attache immédiatement à ce Sherlock Holmes qui arbore fièrement son air hautain mais profondément déconnecté de la réalité, accentuant son côté détective en carton. À ses côtés, le Dr. Watson, haut comme trois pommes, compense sa petite taille par des mimiques hilarantes, notamment lorsqu’il embrasse a répétition la main de Miss Files. Enfin, la mystérieuse Emma brise régulièrement le calme ambiant avec des crises de colère mémorables, laissant échapper sa frustration en hurlant à tout va dès que la situation lui échappe.
Cependant, bien que Crushed in Time soit globalement très amusant et original, on peut tout de même pointer du doigt quelques inconvénients inhérents au genre. Le principal reproche concerne la répétitivité de sa mécanique phare : le concept du curseur élastique, bien que très plaisant au départ, peu finir par lasser sur la longueur à mesure que les énigmes s’enchaînent. Enfin, avec une durée de vie qui reste relativement courte (comptez environ 7 heures pour en voir le bout) et une rejouabilité quasi inexistante une fois les solutions connues, le titre manque un peu du renouvellement de gameplay permanent.
Conclusion
Les plus
- La mécanique du curseur élastique
- Une DA 2,5D réussie
- Le duo Holmes et Watson
- L'humour et les situations WTF
- L'histoire
Les moins
- Une certaine répétitivité
- Une logique parfois trop poussé
- Une durée de vie assez courte

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