Demon Slayer: Kimetsu no Yaiba, créé par Koyoharu Gotōge, s’est imposé comme l’un des phénomènes culturels majeurs de la dernière décennie. Depuis sa parution en manga en 2016 puis son adaptation en anime en 2019 par le studio ufotable, l’œuvre a conquis un public mondial grâce à son mélange de combats spectaculaires, de drame poignant et d’une direction artistique à couper le souffle. L’arc du « Train de l’Infini » a marqué un tournant historique : l’adaptation cinématographique a pulvérisé les records au Japon, surpassant même Le Voyage de Chihiro et devenant le film d’animation le plus lucratif de l’histoire du pays. Au-delà de ses qualités techniques, le manga a séduit par son lore riche : l’histoire tragique de Tanjiro Kamado, jeune garçon devenu pourfendeur de démons après le massacre de sa famille et la transformation de sa sœur Nezuko en démon, s’inscrit dans un univers où l’humanité est en lutte constante contre les serviteurs de Muzan Kibutsuji, le premier et plus puissant des démons. Le récit explore des thèmes universels tels que le deuil, le courage et l’espoir, tout en introduisant un panel de personnages mémorables, des Piliers (Hashira) aux démons aux pouvoirs uniques inspirés de mythes et d’esthétiques japonaises.
Ce succès fulgurant ne s’est pas limité au papier et à l’écran. En 2021, CyberConnect2 a livré Demon Slayer: The Hinokami Chronicles, un jeu de combat narratif salué pour sa fidélité à l’anime et ses affrontements dynamiques. Avec plusieurs millions d’exemplaires vendus, il a confirmé l’intérêt du public pour une adaptation vidéoludique de qualité. Par la suite, en 2024, Sweep the Board a proposé une approche plus légère et conviviale, dans l’esprit des party games, permettant aux fans de retrouver leurs héros préférés sous un angle différent. Aujourd’hui, la franchise s’apprête à franchir une nouvelle étape. Tandis que les spectateurs attendent avec fébrilité le long-métrage « La Forteresse de l’Infini », censé conclure la saga animée avec l’un des arcs les plus épiques et dramatiques du manga, les joueurs accueillent l’arrivée de The Hinokami Chronicles 2. Cette suite promet de retracer les arcs majeurs récents, d’élargir le casting jouable et de proposer de nouveaux modes de jeu. Une manière pour la licence de continuer à rayonner, à la fois sur grand écran et manette en main.
Trois arcs, mille émotions
Ce second opus ne se contente pas de poursuivre l’aventure là où son prédécesseur s’était arrêté : il plonge directement le joueur dans trois arcs emblématiques de l’anime, chacun marquant une étape décisive dans l’évolution des personnages et l’intensification de la lutte contre Muzan. Le Quartier des Plaisirs met en scène l’infiltration périlleuse de Tanjiro, Inosuke et Zenitsu aux côtés du flamboyant Tengen Uzui, dans une ambiance nocturne où l’opulence se mêle à la menace des redoutables Lunes Supérieures. Le Village des Forgerons, quant à lui, élève la tension dramatique en dévoilant de nouveaux alliés et armes décisives, tout en confrontant les héros à des ennemis d’une puissance inédite. Enfin, l’Entraînement des Piliers offre un rythme différent, plus centré sur la préparation, la discipline et la montée en puissance, tout en laissant présager le chaos de la future bataille finale. Ces arcs sont mis en valeur dans un Mode Histoire au rendu quasi cinématographique. CyberConnect2 maîtrise parfaitement l’art de la mise en scène : chaque affrontement majeur se transforme en spectacle visuel, ponctué de cutscenes fidèles à l’anime et d’une intensité dramatique qui donne parfois l’impression de revivre directement un épisode produit par ufotable.
À côté de cette trame principale, le jeu s’étoffe grâce à plusieurs modes pensés pour varier l’expérience. Path of a Demon Slayer sert de passerelle idéale pour les nouveaux venus, condensant les événements du premier jeu et permettant de se replonger dans les moments marquants sans repartir de zéro. Le mode Entraînement rogue-lite constitue une véritable nouveauté : il propose d’enchaîner des séries de combats en accumulant des bonus aléatoires, offrant un parfum de stratégie et de rejouabilité bienvenue. Enfin, les modes VS, jouables aussi bien en local qu’en ligne, assurent une dimension compétitive et conviviale, transformant chaque duel en un festival d’effets visuels et de coups spéciaux. Avec un roster dépassant les quarante personnages, le jeu ne lésine pas sur la générosité. Les fans seront ravis de retrouver les neuf Piliers au complet, mais aussi plusieurs démons emblématiques des arcs récemment adaptés. Chaque personnage est doté de ses propres techniques et animations spectaculaires, renforçant la sensation d’incarner véritablement les héros et antagonistes qui ont fait le succès de la saga. Certes, certaines variantes (notamment plusieurs versions de Tanjiro ou Nezuko) peuvent donner un sentiment de redondance, mais dans l’ensemble, l’éventail de choix reste l’un des points forts de cette suite.
Ufotable manette en main
Si Demon Slayer : The Hinokami Chronicles 2 séduit immédiatement, c’est avant tout grâce à sa direction artistique. CyberConnect2 reste fidèle à sa réputation d’orfèvre en matière d’adaptation d’anime : le cel-shading épouse à merveille le trait original de Koyoharu Gotōge, donnant l’impression de jouer dans un épisode signé ufotable. Chaque combat devient une fresque mouvante où les effets de lumière, les explosions d’énergie et le souffle des lames du Souffle de l’Eau ou du Soleil transpercent littéralement l’écran. Les attaques ultimes, véritables moments de bravoure, profitent de mises en scène spectaculaires qui rivalisent parfois avec les meilleures séquences de l’anime, transformant chaque duel en une petite superproduction. Les cinématiques, fidèles aux cadrages et à la grammaire visuelle d’ufotable, renforcent encore ce sentiment d’immersion totale. On retrouve les jeux d’ombres dramatiques, les ralentis appuyés et les transitions fluides qui ont fait la renommée de l’adaptation animée. L’ensemble confère au titre une dimension quasi cinématographique, rendant hommage au matériau d’origine tout en offrant un spectacle interactif à couper le souffle.
Néanmoins, derrière cette débauche visuelle, certains défauts persistent. Les phases d’exploration entre deux affrontements, pensées comme des respirations narratives, peinent à convaincre. Les environnements, souvent réduits à de grands couloirs aux interactions limitées, manquent de vie et de variété. Là où l’on aurait aimé découvrir davantage de détails sur le lore, interagir avec des PNJ ou explorer des zones emblématiques avec plus de liberté, on se retrouve face à des séquences fonctionnelles, utiles pour relier les combats, mais sans véritable profondeur ludique. En somme, CyberConnect2 réussit un pari audacieux : faire ressentir au joueur la puissance et l’émotion de l’anime manette en main. Mais si les duels brillent comme des feux d’artifice visuels, l’exploration reste encore trop figée, empêchant l’expérience d’atteindre le même niveau d’intensité en dehors des affrontements.
Accessibilité avant technicité
Comme son prédécesseur, The Hinokami Chronicles 2 mise avant tout sur une accessibilité immédiate. Les combats conservent cette nervosité typique, portée par des enchaînements rapides et des combos simples à mémoriser, permettant aussi bien aux novices de briller qu’aux joueurs confirmés de s’amuser sans s’enfermer dans des mécaniques trop rigides. Là où d’autres licences privilégient la technicité pure, CyberConnect2 fait le choix d’un système fluide, pensé pour le spectacle et le ressenti, plus que pour l’équilibrage millimétré d’un jeu de versus compétitif. Résultat : chaque affrontement se vit comme une scène d’anime explosif, davantage que comme un duel d’orfèvres de la manette. L’une des principales nouveautés, le Parcours d’entraînement (mode rogue-lite), apporte une petite dimension stratégique bienvenue. Enchaîner les combats en débloquant des bonus temporaires oblige à réfléchir à ses choix et offre un sentiment de progression, même si l’impact des améliorations reste parfois trop discret pour renouveler profondément la formule. Ce mode, plus expérimental, enrichit l’offre sans révolutionner le cœur du gameplay.
Côté casting, le jeu impressionne avec plus de 40 combattants jouables, incluant les Neuf Piliers et plusieurs antagonistes marquants. Pourtant, derrière cette générosité, on note une certaine uniformité dans les styles de jeu. Plusieurs personnages – notamment les différentes variantes de Tanjiro ou certaines déclinaisons des héros principaux – se distinguent davantage par l’esthétique de leurs attaques que par une véritable originalité mécanique. Cela peut donner une impression de redondance, surtout pour les joueurs en quête de diversité dans la prise en main. En définitive, The Hinokami Chronicles 2 continue d’assumer son positionnement : un jeu de combat spectaculaire et accessible avant tout, pensé pour les fans du manga et de l’anime. Si les puristes du versus fighting resteront sur leur faim face à un système relativement simplifié, ceux qui recherchent l’adrénaline des grands affrontements animés y trouveront un divertissement immédiat et grisant.
Entre plaisir immédiat et limites structurelles
Le multijoueur local reste l’un des grands atouts de The Hinokami Chronicles 2. Simple à lancer, fluide et visuellement impressionnant, il transforme chaque duel en un spectacle animé partagé, idéal pour des sessions entre amis. L’accessibilité du gameplay en fait une expérience fédératrice : nul besoin d’être un expert des jeux de combat pour prendre du plaisir, ce qui en fait un excellent choix pour des soirées conviviales. En ligne, l’expérience s’avère plus contrastée. Si le matchmaking permet généralement de trouver rapidement un adversaire, la qualité des affrontements varie. On constate parfois un déséquilibre dans les niveaux – avec des novices projetés face à des joueurs aguerris – ainsi que des problèmes de stabilité serveur occasionnels, qui peuvent transformer un combat nerveux en duel haché par la latence. Rien de rédhibitoire, mais assez pour frustrer ceux qui espéraient une scène compétitive plus robuste.
Côté rejouabilité, le titre mise principalement sur la chasse aux rangs S, la collection de bonus et artworks et les nombreux défis annexes. Le contenu post-histoire permet de prolonger l’aventure, mais sans grande surprise. Une fois le Mode Histoire terminé, l’intérêt repose surtout sur ta motivation à maîtriser chaque personnage ou à grimper dans les classements en ligne. Autrement dit, le jeu offre une durée de vie extensible pour les passionnés, mais plus limitée pour ceux qui recherchent une progression scénarisée continue. En somme, le multijoueur est une source de fun immédiat, surtout en local, mais peine à s’imposer comme une véritable référence compétitive. Quant à la rejouabilité, elle dépendra largement de ton degré d’attachement à l’univers et à ton envie de perfectionner tes réflexes manette en main.
Conclusion
Toutefois, en dépit de cette générosité, le titre souffre d’un certain conservatisme. Les mécaniques de combat, bien que nerveuses et accessibles, manquent de profondeur pour séduire les amateurs de versus fighting plus exigeants. Le multijoueur en ligne, quant à lui, aurait mérité un meilleur équilibrage et une infrastructure plus solide pour s’imposer durablement. Enfin, les phases d’exploration restent trop limitées, réduites à de simples couloirs narratifs qui auraient pu offrir plus d’interactivité et de liberté. En définitive, The Hinokami Chronicles 2 se présente comme un hommage flamboyant et sincère à l’univers de Demon Slayer, plus proche de la célébration interactive que du jeu de combat compétitif. Ceux qui cherchent avant tout une plongée fidèle dans le lore et une mise en scène digne d’ufotable y trouveront largement leur bonheur. En revanche, les joueurs en quête d’innovation ou de technicité risquent de rester sur leur faim.
*Test réalisé sur Xbox Series grâce à une clé fournie par l’éditeur
Les plus
- Fidélité exemplaire à l’anime et au lore
- Direction artistique et mise en scène spectaculaires
- Casting généreux dès le lancement
- Mode Histoire immersif couvrant trois arcs majeurs
- Accessibilité et fun immédiat, même pour les novices
Les moins
- Gameplay trop simple pour les amateurs de jeux de combat techniques
- Exploration trop linéaire et peu interactive
- Modes annexes intéressants mais pas assez profonds
- Matchmaking et stabilité en ligne perfectibles







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