CRITIQUE – Manga & sport : une passion japonaise

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CRITIQUE - Manga & sport : une passion japonaise

Reconnu des amoureux du jeu vidéo et de la pop culture qui aiment tout savoir sur ce sujet passionnant, Third éditions, depuis sa création en 2010, s’est spécialisé dans l’analyse des plus grands noms de cet univers. À l’approche des Jeux olympiques prévus initialement pour 2020 au Japon, la maison d’édition a saisi l’opportunité commerciale de cet événement. C’est Antony Teixeira, que certains connaissent sous le pseudonyme de Rufio, qui s’est vu chargé d’écrire un livre traitant du sport au Japon à travers le fleuron de son rayonnement culturel : le manga. Ainsi le livre Manga & Sport : Une passion japonaise naquit. Comme les Jeux, celui-ci était destiné à une diffusion pour l’année 2020 qui dû être repoussée en raison du contexte sanitaire. L’ouvrage a finalement trouvé les rayons de nos librairies le 24 juin de cette année.

Coup d’œil sur l’auteur

 

Avant d’entrer au cœur du sujet, nous vous proposons de faire le point sur l’auteur dont cet ouvrage est le premier-né. Avant de mettre sa plume au service de Third éditions, Antony Teixeira ou Rufio s’est fait connaître sur la toile, en tant que vidéaste sur sa chaîne Youtube intitulée Koma. Sur cette chaîne, il publie d’abord des vidéos et podcasts sur thème du jeu vidéo dès 2011. Puis, après l’obtention d’un Master en Linguistique et Didactique sur le thème du jeu vidéo sous l’angle de la pédagogie en 2013, le créateur s’est rapproché du thème du manga et de sport, plus particulièrement de la boxe au travers des mangas et de jeux vidéo de combat. Un thème pour lequel il fut amené à participer à plusieurs conférences et tables rondes notamment à la Japan Expo de Lausanne en 2017 ou encore lors de deux éditions du Stunfest qui se sont tenues à Rennes en mai 2018 et 2019.

Structure, déroulement et analyse :

 

Attardons-nous désormais sur le livre en lui-même. Plutôt que de le décortiquer pour l’analyser selon des thèmes choisis à notre convenance, nous vous proposons une analyse linéaire calquée sur la structure du livre en le décrivant et l’analysant à mesure de notre progression.

 

Nous nous trouvons donc face à une présentation rédigée par un ancien universitaire passionné de manga et de pop culture avec une connaissance solide de la didactique, ce qui est confirmé lorsque l’on feuillette l’ouvrage. En effet, on lui trouve d’emblée l’allure austère d’une étude scientifique, divisée en 4 parties, elles-mêmes détaillées en plusieurs sous-parties. Il ne contient aucune illustration, mais la publication est soignée, le texte défile couché sur un beau papier dans un format légèrement plus petit qu’un A4 (160 x 240 mm).

Un rapide avant-propos en guise d’entrée en matière justifie le sujet en rappelant les liens qui unissent le sport et la culture populaire par le biais du cinéma suivi du manga. Nous entrons ensuite dans le vif du sujet, la Partie 1 nommée Quand une culture devient une industrie, nous offre un résumé agréable et fort bienvenu pour permettre à tout un chacun de prendre la mesure du bouleversement culturel, économique et politique provoqué par l’entrée en scène tardive, mais très attendue, des Japonais dans la communauté internationale. En effet, comme le rappelle l’auteur, le pays du soleil levant est resté réfractaire à tout échange commercial ou autre (hormis avec les marchands Néerlandais) jusqu’à la moitié du XIXe siècle, quand le pays dû céder aux pressions exercées par l’occident. Puis un demi-siècle plus tard le pays connu un autre bouleversement, aussi important que le premier, après sa défaite durant la Seconde Guerre Mondiale qui lui valut l’imposition d’une tutelle américaine. Si le sujet est balayé de façon pertinente, on regrette que dans cette sous-partie, intitulée la culture d’après-guerre et premières œuvres, il ne soit pas spécifié plus clairement le poids de cette tutelle américaine, le ressenti par les Japonais et le rôle qu’elle a joué dans le développement d’une culture plus en phase avec le monde occidental, mais demeurant toujours spécifique à l’archipel et ce malgré la perte de son autonomie gouvernementale. Au demeurant, cette première partie délimite et explicite fort bien le goût japonais en matière de sport et la mise en place d’une compétitivité « à l’occidentale », notamment à travers le système scolaire, dans une pratique qui relevait jusque-là plus d’une pratique cultuelle et rituelle, ainsi que les opportunités économiques que cela a engendré dans le milieu de l’édition.

La seconde partie intitulée La représentation des Sports : des passions japonaises est la plus généreuse de l’ouvrage. Rufio y a choisi un découpage par sport, en rapport avec le séquençage et le format des cases, conditionné par la mise en image de tel ou tel sports. De fait, des cases plus horizontales correspondront mieux à la natation qu’au saut en hauteur. Chaque sport mentionné est suivi par 2 exemples de manga centré sur ledit sport, les plus emblématiques ou au contraire ceux qui sortent du lot. On y trouve de belles pépites et des passages réellement instructifs, nous pensons notamment au manga Tiger Mask (Naoki Tsuji et Ikki Kajiwara 1968-1971), son histoire et sa répercussion dans la culture japonaise, qui a éclairé le personnage de King dans Tekken (Seiichi Ishii, Namco, Sony Interactive Entertainment, PLUS, 1994) avec sa tête de tigre qui nous a toujours étonnés depuis l’enfance. Cependant, ce découpage est à la limite du catalogue et dans le cadre d’une lecture linéaire, certains passages peuvent sembler quelque peu redondants. C’est le cas pour deux dédiés à Ashina No Joe (Tsetsuya Chiba et Ikki Kajiwira, 1968-1973) ou Attack You ! (Jeanne et Serge, Jun Malimura et Shizuo Koizumi, 1984-1985), notamment, que l’on a déjà rencontré lors de longs passages de la première partie. De plus, même s’il est vrai que l’on ne peut pas décrire chaque sport ayant été représentés dans un manga sous peine de devoir publier une encyclopédie en 18 volumes, le lecteur pourra être surpris de ne pas y trouver certains sports qui nous semblent pourtant emblématiques de la pratique sportive japonaise tels que l’athlétisme, la course à pied ou bien le patinage artistique, lorsqu’en qu’en revanche, le thème du jeu de stratégie y est abordé.

Par la suite, les parties 3 et 4 reprennent dans leurs structures le rythme confortable que l’on a trouvé à la lecture de la 1ere partie. La partie 3 curieusement nommée : Une autre lecture du sport : Les œuvres importantes, explicite le positionnement de certains personnages dans le manga tels que le héros, ses rivaux, les adultes, parents et entraîneurs, les uns par rapport aux autres ainsi que le rôle qu’ils jouent dans le scénario, avant que cette partie ne s’achève par quelques exemples où l’on voit le sport s’inviter dans un manga appartenant à une thématique diamétralement différente. Pour finir, la 4ème et dernière partie est de loin la plus courte, mais sa taille n’a rien à voir avec son intérêt. En effet, elle est particulièrement éclairante et s’attache à décrire un des aspects plus pratique, davantage lié à la conception même du manga : le découpage des cases et leurs enchaînements. Le but est d’expliciter les effets qu’elles produisent, au travers d’une analyse fine et pertinente qui nous permet de mieux comprendre les choix de composition et de séquençage des cases de certains mangakas.


CONCLUSION

On trouve, tout au long de cet ouvrage, des idées intéressantes et très bien amenées, étayées avec des exemples riches et variés. Les parties, claires et concises, s’enchaînent autour de thématiques précises avec de fréquents rappels de situations en début de sous-parties qui permettent à la fois une lecture ponctuelle, partielle ou linéaire. Légère ombre au tableau, on déplore de ne pas voir la reproduction de quelques planches, ou cases de mangas, qui viendraient s’insérer dans le texte, en pleine page ou même en annexe, pour illustrer le propos de l’auteur. Ceci donnerait à l’ouvrage un côté ludique, plus agréable et accessible pour un public plus large. De même, si la bibliographie est assez fournie pour servir d’outil de recherche complémentaire, la quasi-absence de notes de bas de page rend malaisée l’utilisation du livre dans le cadre d’un travail scientifique. Il en résulte donc un doute quant à la façon dont il faut classer cet ouvrage. Il s’agit à l’évidence d’un thème de recherche scientifique montré sous un angle plus didactique, malheureusement l’absence d’illustration a tendance à rendre ce discours (sur l’image qui plus est) un peu sec. L’ouvrage semble étreint entre la rigueur scientifique et sa destination au grand public tout en offrant tout de même une synthèse claire sur son objet d’étude, laquelle pourra éclairer tout amateur cherchant une lecture sérieuse sur le sujet.

Manga & sport : une passion japonaise

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7

Note

7.0/10

POINTS POSITIFS

  • Serieux et fournis
  • Très instructif
  • Bien écrit

POINTS NÉGATIFS

  • Absence d'images

got

Comme souvent tout est parti d'une simple pensée, j'aime écrire, les jeux vidéos et la pop culture, que faire ?

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