Le site GeekNPlay poursuit son exploration des parutions manga les plus en vue, surfant sur l’engouement planétaire massif que connaît la bande dessinée japonaise ces dernières années. Pour cette nouvelle chronique, on s’est penchée sur une proposition éditoriale originale signée Vega-Dupuis. Ce label se distingue dans le paysage de l’édition par sa volonté de publier des bandes dessinées, des comics et des mangas créés par des auteurs internationaux, tout en conservant les codes graphiques et les structures narratives propres au Japon.
Grâce à l’envoi d’un exemplaire par l’éditeur, nous avons pu poser nos mains sur la nouveauté estivale du studio indonésien Goxtoon, prévue pour le 3 juillet. Porté par une couverture intrigante et des promesses visuelles alléchantes, ce shōnen attisait grandement notre curiosité. Alors, cette production internationale est-elle à la hauteur des attentes qu’elle suscite ? Réponse dans notre critique de ce premier tome !
Dessins Claqués : Une histoire de dessins et de pouvoirs
Dès les premières pages, Dessins Claqués pose les bases d’une société hautement hiérarchisée, entièrement régie par les aptitudes surnaturelles. Dans ce monde, chaque individu vient au monde doté d’une capacité unique, de la maîtrise élémentaire classique du feu ou de la glace à des talents plus excentriques. C’est dans ce contexte que l’on fait la connaissance de Dani, un jeune homme au chômage qui incarne le stéréotype parfait du marginal. Sans capacités apparentes, il peine à trouver sa place dans un système qui valorise l’hérédité magique au détriment des compétences réelles. Son objectif est pourtant noble : dégoter un emploi stable pour sortir de la précarité et prêter main-forte à ses parents, asphyxiés par leur restaurant familial.
Pour les habitués du genre, l’amorce narrative de cette production du studio indonésien Goxtoon navigue en terrain connu. Difficile de ne pas dresser un parallèle avec les piliers du shōnen moderne : le déterminisme social lié aux super-pouvoirs fait immédiatement écho à My Hero Academia ou One Punch Man. De plus, le concept du héros initialement perçu comme impuissant qui s’avère cacher un potentiel hors norme rappelle la trajectoire d’un Asta dans Black Clover ou Mash dans Mashle. Si cette formule de départ peut sembler convenue, elle n’en demeure pas moins intrigante. Le lecteur guette curieusement la manière dont l’auteur va s’approprier ces mécaniques pour dynamiser son récit.
L’explication « scientifique » de l’invalidité de Dani tombe assez rapidement : issu d’un métissage génétique entre deux parents aux facultés incompatibles, il est théoriquement condamné à rester un « sans-pouvoir ». Le déclic survient après un énième entretien d’embauche humiliant. Consumé par la frustration, Dani croise par hasard Melati, une jeune artiste de rue muette qui s’exprime exclusivement via le synthétiseur vocal de sa tablette. Pour évacuer sa colère, il s’improvise dessinateur et caricature l’employeur qui vient de le rejeter.
C’est à cet instant précis que son pouvoir latent s’éveille de la manière la plus improbable : son croquis grotesque (qui est d’ailleurs sur la couverture du tome) s’anime pour donner naissance à une créature survoltée, sorte de Pac-Man géant arborant le visage de son bourreau. Un incident qui marque le point de départ de son aventure aux côtés de Melati. Sur le plan purement visuel, le manga est très beau. Malgré l’esprit décalé du scénario, le dessin se révèle soigné, dynamique et parfaitement aligné avec les standards esthétiques de la bande dessinée japonaise. Mais on ne vous en dit pas plus, on vous laisse lire le résumé officiel !
Résumé officiel : Superforce, vol, manipulation du feu… tout le monde naît avec un pouvoir qui détermine son utilité et sa position dans la société. Enfin presque tout le monde… les malheureux qui n’ont pas de pouvoir, ou ne l’ont pas encore trouvé, sont marginalisés et dévalorisés. C’est le cas du jeune Dani, qui enchaîne les entretiens d’embauche infructueux et blessants. Pourtant Dani va découvrir qu’il est loin d’être inutile, car il est doté d’un des pouvoirs les plus puissants au monde : matérialiser tout ce qu’il dessine ! Problème : Dani est vraiment nul en dessin…
Dans un monde où l’apparence fait la loi, Dani va devoir prouver qu’un trait maladroit peut changer le destin. Ou foutre un sacré bordel. Avec Dessins claqués, le studio indonésien Goxtoon publie pour la première fois un manga directement adressé à un public occidental, en revisitant de manière loufoque et absurde les codes du shōnen.
Un duo qui peine à convaincre : La dynamique fragile entre Dani et Melati
Le principal point noir de ce premier volume réside sans doute dans le traitement de la relation entre les deux protagonistes, un aspect qui aurait grandement bénéficié d’un développement plus nuancé. Alors que le récit semble esquisser une potentielle romance, les interactions entre Dani et Melati basculent rapidement dans une dynamique à la limite de la toxicité. Pourtant, sur le papier, leur association est parfaite : Melati possède la capacité unique d’absorber l’encre (une aptitude malheureusement sous-exploitée dans ces premiers chapitres) ce qui en fait le mentor idéal pour guider Dani dans l’apprentissage de ses pouvoirs graphiques.
Là où le lectorat pourait légitimement espérer une saine complicité et une entraide face à l’adversité, le manga révèle une facette bien plus sombre de la jeune femme. Melati traite Dani davantage comme un outil au service de ses propres ambitions secrètes que comme un véritable partenaire. Dès leur première mission, elle lui impose un ultimatum : c’est de découvrir comment son pouvoir fonctionne dans un temps imparti sous peine de se voir appliqué une dette. Aveuglé par son besoin d’argent pour subvenir aux besoins de sa famille, Dani subit ce chantage sans broncher.
Cette asymétrie empêche l’empathie de circuler équitablement. Le comportement manipulateur de Melati crée une distance. L’alchimie du duo peine à opérer, et le récit en souffre d’autant plus que les premiers chapitres se focalisent quasi exclusivement sur eux. Le lectorat doit attendre le dénouement pour voir apparaître des figures secondaires, au moment même où Melati dévoile sa véritable identité lors d’un enchaînement de révélations qui manque cruellement de clarté narrative. Reste à espérer que le second tome saura rééquilibrer cette dynamique et offrir une évolution plus harmonieuse à leur relation.
Un univers mal exploité mais qui a du potentiel
Sur le papier, le concept fondateur de Dessins Claqués s’avère particulièrement séduisant. En s’appropriant des codes narratifs qui ont fait les beaux jours de l’industrie du shōnen, le studio Goxtoon dispose d’un canevas idéal pour bâtir quelque chose de percutant. Pourtant, ce premier volume souffre d’un manque de profondeur dans l’exécution de son récit. L’intrigue tente de tenir le lecteur en haleine à travers la quête initiatique de Dani, qui cherche désespérément à dompter son pouvoir pour neutraliser sa première création : ce fameux Pac-Man géant au visage de son examinateur. Malheureusement, comme le héros ne contrôle absolument rien, les situations stagnent et l’histoire peine à trouver une véritable dynamique.
Le principal inconvénient réside dans la gestion du rythme et de l’humour. Les ressorts comiques et absurdes, bien qu’au cœur de la proposition éditoriale de Vega-Dupuis, s’insèrent parfois maladroitement dans la narration, brisant l’immersion ou désamorçant la tension. Cette légèreté empêche de développer les thématiques pourtant riches de cet univers, notamment les dérives d’une société basée sur les pouvoirs héréditaires.
Malgré ces déséquilibres qui freinent le décollage de l’œuvre, tout n’est pas perdu. Le lore dispose d’une belle marge de progression et la conclusion de ce premier tome opère un virage prometteur. En ouvrant de nouvelles perspectives et en introduisant enfin des enjeux à plus grande échelle, les derniers pages et le dernier chapitre se montrent bien plus captivants que l’introduction. Reste à voir si le second volume parviendra à corriger le tir en trouvant le juste équilibre entre humour absurde et développement de son univers.
*Critique réalisée grâce à l’envoi du premier tome par Vega Dupuis
Conclusion
Le récit souffre d'un manque de rythme et d'une dynamique entre les deux protagonistes qui s'avère plus frustrante qu'attachante. De même, les thématiques sociales liées aux pouvoirs héréditaires restent trop survolées au profit de gags qui désamorcent parfois l'intrigue.
Pourtant, la fin de ce volume amorce un virage narratif encourageant, introduisant de nouveaux enjeux et une ouverture d'univers bien plus captivante. Dessins Claqués s'avère assez intrigante pour nous donner envie de laisser une chance au deuxième tome, en espérant que l'auteur saura trouver le juste équilibre entre son humour loufoque et la profondeur de son univers.
Les plus
- Les dessins et le chara-design
- Le concept de pouvoirs
- Le pouvoir de Dani
Les moins
- La dynamique des deux personnages principaux...
- Un univers mal exploité
- Un rythme plutôt lent mais plus dynamique à la fin
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