Critique – Indie Game Works de Nathan P. Gibson édité chez Pix n’ Love

Vous le savez chez GeekNplay, on aime parler livre que ce soit pour des romans, des mangas, des webtoons et parfois on revient aux bases avec du jeu vidéo ! Aujourd’hui, on vous parle d’un livre sorti chez Pix n’ Love nommé Indie Game Works.

Avec Indie Game Works, Nathan P. Gibson propose un ouvrage ambitieux qui se positionne à la croisée du beau livre et de l’analyse vidéoludique. Le long de ses 288 pages, ce livre s’impose d’emblée comme une célébration visuelle du jeu vidéo indie.

Dès les premières pages, le ton est donné : ici, pas question de retracer une histoire exhaustive, mais plutôt de mettre en lumière une sélection d’une cinquantaine de jeux ayant marqué leur époque. Et il suffit de jeter un œil au sommaire du livre pour s’apercevoir qu’il y a du lourd, on retrouve par exemple ABZÛ, Planet of Lana, GRIS ou encore Nine Sols.

Ce que l’on apprécie avec le livre Indie Game Works, c’est que chaque titre est présenté à travers des visuels soignés, des captures d’écran, des artworks, des concept arts et même des croquis parfois inédits. Les images ne sont pas là par hasard et accompagnent les déclarations des développeurs, des directeurs artistiques et bien plus encore.

Vous l’avez compris, Indie Game Works se feuillette autant qu’il se lit. Mais est-il intéressant dans le propos qu’il dévoile ? Ou est-ce juste un livre de collection pour les fans du genre ? À cette question on répondra un peu des deux.

Si vous êtes fans de jeux indépendants, il vous faut absolument le livre de Pix n’ Love, mais si vous êtes un joueur néophyte n’ayant que peu joué à des titres indépendants pourtant réputés, il vous permettra de vous familiariser avec eux, de découvrir des jeux insoupçonnés et de comprendre comment est née celui-ci.

Car oui, l’une des forces du livre est de mettre en avant les titres et la parole des développeurs qui nous expliquent pour la plupart comment ils en sont venus à développer leur jeu ou leur univers. Pour le coup, nous allons prendre quelques exemples concrets !

ABZÛ

Parlons du jeu ABZÛ, connu de tous, réputé par la presse et les joueurs pour proposer un monde qui mélange la plongée, les profondeurs marines avec un rendu onirique ! Mais comment le développeur a pensé à développer celui-ci ? La réponse est simple, et nous vient tout droit du directeur créatif Matt Nava qui explique avoir vécu une expérience de plongée marquante avec une otarie où il partageait un moment de jeu avec cette dernière. Il s’est senti connecté avec la créature marine, et avait envie de donner ses émotions dans un titre marin… Et c’est comme cela qu’est venue l’idée de développer ABZÛ.

Before Your Eyes

On aurait également pu vous parler du jeu Before Your Eyes qui pour le coup fut pensé sur le campus universitaire de Californie quand Will Hellwarth s’est aperçu que l’ensemble des webcams de l’école suivait le mouvement des yeux.

Il a rapidement développé un premier prototype qui a attiré l’attention et a remporté des prix lors de la Game Developers Conference. À la suite de cela, les développeurs Hellwarth et Parkes ont transformé le prototype en vrai jeu, avec de nombreuses inspirations personnelles, mais également en s’inspirant de films comme The Fall (2006), mais également de titres plus anciens comme Une question de vie ou de mort (1946) et tant d’autres. Au final, un jeu qui a émergé à l’école, qui a poursuivi son chemin avec des inspirations personnelles et de films pour un résultat qui a marqué une frange de joueurs.

Planet of Lana

Un autre exemple ? Allez pour vous faire plaisir, nous allons parler de Planet of Lana dont nous avons testé les deux opus sur GeekNplay ! Saviez-vous que le jeu fut créé initialement à partir d’une image griffonnée par Adam Stjarnlöv des années auparavant ? Non et pourtant, c’est la réalité que nous compte le livre. Indie Game Works, chaque anecdote d’un jeu à un autre est différente. Ici il s’agit d’une image dessinée en 2017 qui a été utilisée comme source d’inspiration pour le titre. Le développeur indique avoir toujours voulu créer un jeu d’aventure science-fiction et l’on peut dire qu’il a superbement réussi le coup avec ce jeu.

D’ailleurs, une nouvelle fois, il est intriguant de voir que celui-ci ne s’inspire pas uniquement du jeu vidéo pour son titre ! L’inspiration pour Planet of Lana s’inspire de titres vidéoludiques comme Oddworld : L’Odyssée d’Abe ou encore Limbo, mais il puise également dans des classiques du Studio Ghibli… Mais pour le savoir, il faudra lire le livre.

Nine Sols

Une dernière pour la route avec Nine Sols dont nous ne pouvions faire l’impasse et qui a eu également droit à un test écrit sur GeekNplay dernièrement. Pourquoi ? Nous avons eu envie de parler de celui-ci ? Car avec Nine Sols, Red Candle change drastiquement de braquet, et après avoir séduit les joueurs avec deux jeux d’horreur psychologique comme Detention en 2017 et Devotion en 2019, la firme revient avec un troisième titre qui mélange action, plateforme, roguelite et combat, le tout dans une esthétique intrigante et séduisante.

On apprend dans le livre que les développeurs souhaitaient explorer un nouveau genre, et ont eu l’idée de Nine Sols et qu’ils se sont inspirés pour le décor et pour leur histoire des environnements de Taïwan et de la mythologie chinoise. D’ailleurs Iris Lin qui a travaillé en tant que Script Editor indique que les graphismes ont mis un certain temps à prendre forme, car ils souhaitaient mélanger de l’art oriental à l’esthétique cyberpunk… Et l’on peut le dire, le tout est superbement réussi et se marie bien à l’univers du titre où l’on incarne Yu, un chat anthropomorphe.

On va arrêter ici sur les anecdotes, car celles-ci sont nombreuses, et il nous faudra de nombreuses pages pour vous parler de tout cela. Le mieux étant d’acheter directement le livre pour vous faire votre avis vous-même.

  • Images ci-dessus fournies par Paul de Pix N’ Love

Un livre imparfait ?

On pourrait dire oui et non… car tout dépend de quel côté de la couverture vous vous placez. Il n’est pas imparfait, car l’une des grandes forces de l’ouvrage réside dans sa capacité à montrer que le jeu vidéo indépendant n’est pas qu’une alternative économique aux productions AAA, mais un véritable terrain d’expérimentation artistique.

Des œuvres comme Hyper Light Drifter, GRIS et tant d’autres dans le livre illustrent cette volonté constante de liberté créative par des équipes réduites, le tout avec des outils de développement accessibles et peu de financement parfois.

Il montre que le jeu vidéo n’est pas forcément obligé de coûter des centaines de millions de développement pour être bon, et tord même le cou à cela, car il n’est pas rare de voir des petites indépendantes surpasser de gros jeux dans leur trame narrative, et même au niveau du gameplay.

Néanmoins, si les anecdotes des développeurs sont toutes intéressantes à lire, certaines personnes trouveront peut-être le livre trop contemplatif, privilégiant l’hommage et la mise en valeur visuelle des titres plutôt qu’une analyse plus critique et profonde sur certains jeux et sur le phénomène indépendant.

Chez GeekNplay, on se dit que Indie Game Works édité par Pix n’ Love réussit pleinement ce qu’on lui demande, et qu’il est impossible de proposer une analyse de fond sur l’ensemble des titres. Car oui, rappelons-le, le livre se focalise sur des anecdotes, des parcours de vie pour expliquer comment a germé l’idée d’un titre, et l’on ne peut faire plus quand on a un listing pareil :

A Short Hike, ABZÛ, Curiosmos, Dredge, Morsels, Before Your Eyes, Cataclismo, Cryptmaster, Enter the Chronosphere, Heaven’s Vault, Chicken Police: Point it RED!, Dread Delusion, Genesis Noir, GRIS, Harold Halibut, Ashen, Cairn, Dungeons of Hinterberg, Eastward, ECHO, 1000XRESIST, 30 Birds, Ghostboy, Gone Home, Hyper Light Breaker, Old Man’s Journey, Sable, SCHiM, Tail of Iron, The First Tree, Hyper Light Drifter, Manifold Garden, Rain World, Shadows of Doubt, Silt, Lucah: Born of a Dream, Mundaun, Phonopolis, Solar Ash, The Collage Atlas, Endling – Extinction is Forever, Journey to the Savage Planet, Planet of Lana, Tunic, Valheim, Mutazione, Nine Sols, The Banner Saga, We Happy Few, Wildermyth

Conclusion

8,9/10
Avec Indie Game Works, Nathan P. Gibson propose un livre qui saura séduire les fans de jeux vidéo aimant les titres indépendants, le tout pendant 288 pages. D’ailleurs, dès la réception du livre, vous serez sous le charme avec la couverture cartonnée coupée à ras du bloc intérieur qui donne un aspect saillant.

Rien d’étonnant à cela, car Pix n’Love est derrière l’édition du livre, et ils connaissent parfaitement les codes des jeux vidéo et proposent un livre solide.

Que dire de plus sur Indie Game Works ? On pourrait vous dire qu’il remplit parfaitement son objectif initial avec un livre à mi-chemin entre catalogue artistique et déclaration d’amour à la création indépendante.

On pourrait mettre en avant les récits de vie, les anecdotes, les croquis, les artworks et tout ce qui en découle dans le livre… On passe un moment agréable à le feuilleter, on admire les images, on lit les récits les uns après les autres ! On est parfois surpris par des anecdotes, mais surtout on plonge pleinement dans l’univers indépendant, qui voit dans le jeu vidéo bien plus qu’un simple divertissement, mais un monde où la créativité indie est sans limite et s’octroie des standards habituels pour le plus grand plaisir de tous.

Vous l’avez compris, Indie Game Works est une ode aux indépendants qui saura ravir les fans du genre, les joueurs néophytes et vous fera sans doute découvrir des titres insoupçonnés… De notre côté, c’est le cas, nous venons d’ajouter quelques jeux supplémentaires sur notre wishlist déjà bien chargée.

Bref, Indie Game Works est un livre à posséder de toute urgence dans votre bibliothèque !

Les plus

  • Une direction artistique très soignée, qui fait de l’ouvrage un véritable beau livre à feuilleter autant qu’à lire
  • Une sélection de jeux variée et pertinente, représentant bien la richesse du jeu indépendant
  • Des anecdotes de développement intéressantes et accessibles, qui donnent une vraie valeur humaine aux projets présentés
  • Une approche accessible, aussi bien pour les joueurs confirmés que pour les néophytes du jeu indépendant
  • Un livre à avoir dans sa bibliothèque
  • 288 pages de bonheur , mélangeant anecdotes , récit de vie, artwork, croquis pour 39€

Les moins

  • Une structure très centrée sur les anecdotes, pouvant donner une impression de catalogue
  • Certains lecteurs pourraient rester sur leur faim s’ils cherchent une véritable étude du phénomène indie
Bomboy

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Encyclopédie vidéo-ludique au service de GeekNPlay. Je suis un ancien dinosaure détenant le savoir! Toi l'abonné, tu peux m’appeler PAPA!

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