La voix de Laura Fryer résonne comme un écho amer dans le paysage vidéoludique. Ancienne figure majeure de Microsoft Game Studios, ayant notamment participé à la création de franchises emblématiques comme Gears of War ou Zoo Tycoon, Fryer n’a pas mâché ses mots dans une récente vidéo publiée sur sa chaîne YouTube. Pour elle, une chose est claire : Le matériel/hardware Xbox est mort. D’ailleurs, ce n’est pas la seule a s’exprimer sur l’avenir de la marque et Mike Yabarra s’interrogent également! On fait le point…
Cette déclaration fracassante intervient alors que Microsoft multiplie les partenariats avec des entreprises comme ASUS, Meta ou AMD. Le ROG Ally Xbox Edition, le Meta Quest 3S Xbox Edition… autant d’exemples qui montrent, selon Fryer, un abandon progressif du matériel maison au profit d’appareils sous Windows ou compatibles multiplateformes, mais sans identité propre. Derrière cette orientation, elle pointe du doigt une stratégie centrée presque exclusivement sur le Game Pass, perçu comme le nouveau pilier de l’écosystème Xbox. Une approche qu’elle juge réductrice :
« L’objectif semble être de pousser tout le monde vers le Game Pass… Personnellement, je pense que le matériel Xbox est mort. »
Des remakes… mais peu de vision
Si elle reconnaît la valeur du Game Pass et l’intérêt commercial des remakes, Fryer s’interroge sur la vision à long terme de Microsoft : où sont les nouvelles licences marquantes ? Quelles seront les exclusivités capables de porter la marque Xbox dans les décennies à venir ?
« Ils peuvent continuer à éditer des jeux du passé… Mais quel est le plan à long terme ? »
Elle évoque Clockwork Revolution comme un exemple porteur d’espoir, tout en doutant que ce soit suffisant pour raviver l’élan créatif des premières années. L’approche semble de plus en plus tournée vers la rentabilisation du catalogue existant plutôt que vers la création de nouveaux univers forts.
Une déclaration lourde de sens
Voici sa prise de parole au complet, révélateur du malaise ambiant :
« Évidemment, en tant que membre fondateur de l’équipe Xbox, je ne suis pas satisfaite de la situation actuelle. Je n’aime pas voir toute la valeur que j’ai contribué à créer s’éroder lentement. Je peux dire que je suis triste car, de mon point de vue, Xbox ne semble plus vouloir – ni même pouvoir – fabriquer de matériel. Cette collaboration avec ROG Ally représente donc une sortie lente et progressive du marché du matériel. Personnellement, je pense que le matériel Xbox est mort. L’objectif semble être de pousser tout le monde vers le Game Pass. Et soyons clairs, il a beaucoup de valeur. C’est peut-être pour cela qu’ils ont décidé de facturer 80 $ pour The Outer Worlds 2… Mais qui sait, peut-être que ça marchera. Je tiens à souligner que Xbox a un catalogue important.
Le remake d’Oblivion a clairement été un énorme succès, et ils peuvent continuer à externaliser ce type de travail et gagner beaucoup d’argent en éditant des jeux du passé. Des jeux d’une époque où Xbox savait vraiment comment les créer. Mais quel est le plan à long terme ? Où sont les nouveaux succès ? Qu’est-ce qui maintiendra l’intérêt des joueurs pour Xbox dans 25 ans ? J’étais ravi de voir Clockwork Revolution au showcase, mais sera-ce suffisant ? Ont-ils encore quelque chose à offrir ? L’année prochaine marquera le 25e anniversaire de Xbox, et je suis sûr qu’il y aura de grandes annonces et des choses à célébrer. Peut-être que ce sera l’année où le brouillard se lèvera et où nous pourrons tous admirer la beauté de ces nouvelles annonces. Je suppose qu’il faudra attendre et voir. »
Mike Ybarra : Devenez un éditeur, et assumez-le
À côté de cette critique nostalgique mais lucide, Mike Ybarra, autre grande figure de l’ère Xbox, propose une vision plus tranchée. Ancien vice-président de Xbox Live et Game Pass, puis président de Blizzard pendant trois ans, Ybarra a pris la parole sur X (anciennement Twitter) :
« Difficile de voir Xbox se perdre dans sa définition et sa mission. »
Selon lui, le flou actuel est néfaste, et Microsoft doit faire un choix clair : abandonner l’ambiguïté et devenir un éditeur à part entière, à la manière d’un géant du contenu mondial.
« Xbox devrait s’efforcer de devenir le plus grand éditeur mondial de contenu de divertissement. Débarrassez-vous de tout le reste et concentrez-vous. N’ayez pas peur de dire ce que vous êtes. »
Lorsqu’un internaute l’interroge sur la compatibilité de cette stratégie avec l’identité historique de Xbox en tant que fabricant de consoles, sa réponse est sans appel :
« D’après ce que je vois, ils ne le sont plus. Être à cheval sur les deux tableaux n’est pas une stratégie gagnante. »
Tough to see @Xbox confused about who it is and what it should be.
Some great people there still. They have to figure out what needs to change …. and fast. I’m a big fan and will always bleed green. 💪Cheering the team on from the sidelines.
Pick your lane and stick to it.
— Mike Ybarra 🎮 (@Qwik) June 29, 2025
Deux visions, une même inquiétude
Qu’ils parlent avec émotion ou stratégie, Laura Fryer et Mike Ybarra pointent le même problème : Xbox manque de direction claire. L’une regrette un effacement progressif de l’ADN Xbox, l’autre propose une rupture assumée avec le passé. Mais tous deux posent la même question brûlante : que reste-t-il vraiment de la promesse Xbox ?
2026 : l’année décisive pour Xbox
L’année 2026 marquera les 25 ans de la marque Xbox. Un anniversaire symbolique, où Microsoft devra plus que jamais clarifier sa position : verra-t-on une nouvelle console ? Un repositionnement 100 % Game Pass ? Ou un virage définitif vers un rôle d’éditeur tiers, à la manière de Netflix du jeu vidéo ?
Car, quoi qu’il arrive, l’héritage ne suffira plus. Ce qui comptera, c’est la vision. Xbox a encore des cartes à jouer, mais il est peut-être temps de choisir enfin son jeu.Certains fans espèrent un retour à l’esprit Xbox 360 : une console pensée par et pour les joueurs, loin des logiques purement financières. D’autres estiment au contraire que la marque gagnerait à disparaître en tant que constructeur, pour se recentrer sur les jeux, partout, tout le temps.
Mais est-ce vraiment une bonne idée ?
Moins de consoles, moins de concurrence ?
Si Microsoft se retire du marché des consoles, cela signifierait un concurrent de moins. Et dans une industrie aussi dynamique que celle du jeu vidéo, la concurrence est vitale. C’est elle qui pousse les géants à innover, à améliorer leurs offres, et à maintenir des prix compétitifs pour les consommateurs. Sans Xbox, le paysage pourrait se déséquilibrer. Et si Sony ou Nintendo devenaient les seuls acteurs majeurs du hardware ? Que se passerait-il si la dernière console haut de gamme coûtait 1 000 euros, avec des jeux à 150 € pièce, sans alternative ?
Un scénario extrême, bien sûr, mais qui souligne un point crucial : la pluralité des acteurs garantit l’équilibre du marché. Et Xbox, même en perte de vitesse, reste aujourd’hui le seul vrai challenger direct face à Sony dans le segment haut de gamme.

