TEST – Koira

Koira est un jeu d’aventure contemplatif développé par les Belges de Studio Tolima et édité par Don’t Nod. Sorti le 1er avril 2025 sur PC via Steam et PlayStation 5, il propose au joueur d’incarner un esprit de la forêt qui se lie d’amitié avec un chiot alors qu’il tente de rentrer chez lui. Le tout dans des décors enchanteurs faits à la main où, malheureusement, les animaux ne sont pas seuls… Une expérience aussi charmante qu’émouvante.

Un chiot dans la forêt

Koira fait partie de ces jeux qui n’ont pas la prétention de mettre les joueurs au défi, mais plutôt de les plonger dans un récit interactif et contemplatif. Le joueur incarne un petit personnage aux grandes oreilles, une sorte de lutin ou d’esprit de la forêt anonyme et muet, à l’exception de quelques sifflements. Alors qu’il tente de rentrer chez lui, il tombe au milieu des bois enneigés sur un chiot pris au piège, suspendu en l’air par une corde. Il le libère et, très vite, ils deviennent amis et effectuent le voyage ensemble.

En chemin, le duo rencontre les différents habitants de la forêt : des écureuils, des oiseaux, des sangliers, une taupe… et même un peuple de champignons dansants ! Le tout dans des décors où des traces de vie humaine se mêlent à la présence de statues d’anciens esprits sylvestres. Mais le calme n’est qu’apparent et, bientôt, les bois commencent à se remplir de bruits de coups de feu. Un chasseur rôde… un seul ?

Le titre propose ainsi au joueur d’explorer la forêt aux côtés de son chiot en échappant à la menace des humains et en aidant les autres animaux au passage. Koira semble tourner autour du réconfort et de la consolation que l’on peut tirer de l’amitié lors des moments de peur, de doute ou de tristesse de notre vie. À plusieurs reprises, le chiot éclaire les espaces plongés dans l’obscurité autour du protagoniste, révélant que ce qu’il prenait pour des créatures effrayantes ne sont en fait que des animaux pacifiques.

C’est d’ailleurs de cette manière que le joueur débloque de nouvelles zones à explorer et progresse dans le jeu. Pour cela, il faut généralement accomplir de petites quêtes, comme jouer avec le chiot ou trouver des pommes, dont il raffole, afin d’assouvir sa faim. Une fois satisfait, le chiot génère de la lumière et dissipe les ombres qui obscurcissent le jugement du protagoniste et le repoussent avec des murmures inquiétants.

Le jeu consiste principalement à arpenter la forêt avec le chiot et à rencontrer les différents habitants de la nature. Mais il est aussi parsemé de petits mini-jeux et d’énigmes sur lesquels nous reviendrons plus tard, ainsi que de moments de pause purement contemplatifs. En effet, à plusieurs reprises, le joueur est invité à poser la manette pour faire une sieste dans les feuilles ou sur un banc, bercé par la musique du jeu.

L’éloge du calme semble dès lors être au cœur du jeu. On le voit aux nombreux passages dans lesquels l’esprit de la forêt, menacé par les humains et leurs chiens, cède à la frustration et à la colère et obtient le pouvoir de briser le décor et repousser les ennemis grâce à des bruits tonitruants. Ces moments ont pour effet d’effrayer le chiot, avec qui l’on doit alors se rabibocher lors de séquences touchantes et pleines de charme.

Koira, un jeu contemplatif sur tous les plans

Ce charme, on le retrouve également dans les décors du jeu, entièrement dessinés à la main. La palette de couleurs est simple et quasi monochrome. L’omniprésence du blanc s’explique par l’environnement hivernal du jeu, tandis que le noir domine dans le design des personnages.

En effet, ces derniers se résument souvent à des silhouettes expressives et mignonnes. L’esprit de la forêt a un simple corps triangulaire surmonté d’une tête ronde où l’on ne distingue souvent que les yeux, qui suffisent néanmoins à trahir ses émotions. Aussi alterne-t-il régulièrement entre la joie, le chagrin, la peur, la surprise… Tout comme le chiot et les autres animaux, notamment les sangliers, toujours dessinés de profil.

Quant aux chasseurs, leur grande silhouette noire, leurs yeux colériques et leurs immenses mains désincarnées renforcent leur côté menaçant. Ces graphismes minimalistes sont particulièrement efficaces pour véhiculer de manière immédiate les sentiments et l’identité des personnages, qu’ils soient destinés à être mignons ou, au contraire, inquiétants.

Des touches de couleur viennent toutefois régulièrement relever la palette du jeu et lui donner davantage de profondeur. Par exemple, l’orange du feu ou des carottes ressort parmi les tons noirs et blancs, tout comme le rouge des pommes, de la truffe du chiot ou de certains feuillages. Dans certains passages, des couleurs peuvent devenir dominantes : le bleu lors d’une phase sous-marine très onirique ; le violet dans la forêt des champignons ; le rouge pendant un moment culminant et particulièrement éprouvant du jeu.

Pour finir sur la direction artistique, comment ne pas évoquer la bande-son ? En effet, le son est au cœur de Koira, ne serait-ce que parce que le jeu ne comporte aucun dialogue. Tout passe par les images et par l’oreille, les personnages s’exprimant uniquement par des gestes, des expressions faciales et des bruitages. Par exemple, le protagoniste et le chiot produisent des sifflements, les oiseaux chantent, les sangliers font des bruits de trompettes et les chasseurs, de manière très symbolique, émettent des sons discordants.

La plupart des énigmes permettant de progresser dans le jeu consistent par ailleurs à récolter des notes de musique afin de jouer des mélodies devant les statues de la forêt. C’est aussi en sifflant des airs musicaux que l’esprit de la forêt se lie d’amitié avec le chiot en premier lieu. Dernier signe de l’importance du son dans le titre : le nombre d’éléments de décor interactifs qui produisent de la musique, qu’il s’agisse des plantes au sol ou des grelots qui pendent aux arbres.

On l’aura compris, Koira est un jeu contemplatif tant sur le plan auditif que visuel. Et naturellement, sa musique remplit ce rôle. En effet, la bande-son mêle piano et violons pour dessiner une toile de fond musicale jolie, apaisante et parfaitement adaptée à l’ambiance. Les mêmes motifs reviennent avec des variations et évoluent suivant la situation : inquiétants en présence des chasseurs, ou entraînants lorsque les personnages se mettent à courir, par exemple.

Des mini-jeux variés et amusants

Il a beaucoup été question de l’ambiance du jeu depuis le début de ce test. Or, qui dit récit interactif dit aussi gameplay. Il est donc temps de se pencher dessus. Type de jeu oblige, le gameplay n’est pas le point central de Koira. Mais les développeurs ont mis un point d’honneur à proposer des phases de jeu amusantes et variées qui ne dénaturent en rien l’expérience générale.

Le jeu se voit ainsi parsemé de nombreux mini-jeux : construire un bonhomme de neige, jouer à cache-cache dans les buissons avec le chiot, descendre le long de pentes glissantes, faire tomber des feuilles dans des cercles dorés, reconnaître une image en particulier dans les nuages, voire faire du kitesurf sur la rivière !

Dans les moments où l’esprit de la forêt se met en colère et tient tête aux chasseurs, le jeu propose des sortes de “phases de combat”. Il s’agit de séquences de QTE qui consistent à appuyer sur la touche action près des ennemis pour les neutraliser avant de la maintenir enfoncée pour les repousser définitivement, avec le timing adéquat.

Le chiot se déplace automatiquement (et de manière très fluide grâce à une IA performante), en ne s’éloignant jamais trop du héros. S’il va trop loin, il est possible de siffler avec la touche action pour l’inciter à revenir. On peut aussi le caresser, ce qui n’a pas d’utilité en soi mais représente une tentation très forte, même dans un jeu vidéo. Il est également possible de lui demander de creuser à certains endroits pour déterrer des objets ou débloquer de nouveaux accès.

Bien entendu, dans un jeu basé sur l’amitié entre un humanoïde et un chien, on espère pouvoir jouer avec ce dernier. Pas d’inquiétude à ce sujet : on peut ramasser des objets, notamment des bâtons mais aussi des os, et les jeter au chiot qui court alors les ramasser et nous les ramener. On peut également lui lancer des boules de neige pour le faire s’ébrouer, lui mettre un couvre-chef ou encore lui donner des carottes, qui ne le laissent pas indifférent.

Lancer des objets permet aussi d’atteindre des cibles en hauteur ou d’attirer l’attention des chasseurs ou de certains animaux pendant des phases de discrétion ou d’infiltration. Ainsi, le protagoniste peut se faufiler de buisson en buisson ou de cachette en cachette pour poursuivre sa route, en évitant de marcher sur les brindilles qui pourraient trahir sa position.

Pour finir, il est important de noter que l’on ne peut pas mourir dans Koira. Ainsi, perdre lors des phases d’infiltration n’a pour effet que de ramener le joueur en arrière ou de le mettre K.O. quelques instants (lorsqu’il subit une charge de sangliers notamment).

Koira remplit ses objectifs avec très peu de défauts

Tous ces éléments réunis font de Koira un jeu qui remplit ses objectifs, à savoir embarquer le joueur dans une expérience narrative et contemplative touchante. Au fond, le défaut principal du jeu n’en est pas vraiment un, puisqu’on ne peut pas lui reprocher grand-chose mis à part son genre “casual” qui ne conviendra pas aux joueurs en quête de défi.

De fait, le jeu ne présente pas une immense complexité. En termes de difficulté d’abord, les énigmes sont loin d’être insurmontables, l’essentiel du jeu consiste en de l’exploration et les quelques phases de gameplay qui s’en éloignent sont plus divertissantes qu’éprouvantes.

Quant aux potentialités de gameplay, elles sont peu nombreuses. La gamme de mouvements se limite ainsi à avancer parmi les décors. Mais ce parti pris est assumé par les développeurs, qui ont privilégié une expérience accessible à tout le monde et axée sur l’histoire et l’ambiance plus que sur l’adresse. Tout en fournissant l’effort d’élaborer des mini-jeux variés qui compensent ce manque de profondeur.

Toutefois, en jouant à Koira, on peut émettre quelques infimes réserves. Globalement, le jeu est linéaire et on ne se perd pas trop malgré les environnements en apparence très ouverts, ce qui est un bon point. Mais il peut arriver qu’on fasse le tour d’un tableau sans vraiment comprendre où aller, ce qui peut se révéler d’autant plus frustrant que le protagoniste ne se déplace pas très vite.

En outre, le héros a une fâcheuse tendance à se bloquer dans certains décors lorsqu’il évolue dans des zones où le joueur manque de visibilité. En cause : des arbres qui obstruent la vue en premier plan, mais surtout une singularité de game design qui fait que, lorsque le personnage avance alors qu’un mur entrave sa progression, il glisse latéralement sur les textures au lieu de se stopper.

Cela pourrait être une prévention mineure, mais il est arrivé au cours de notre test de nous retrouver coincé de cette manière lors d’une phase où l’on contrôle le chiot. En raison de ce softlock, il a fallu relancer le jeu.

Enfin, on peut éventuellement regretter qu’un jeu vendu au prix de 17,99€ ne propose qu’environ 4 heures de gameplay sans grande rejouabilité. Là encore, c’est une prévention mineure au vu de la qualité de l’histoire et de l’expérience globale. Un joueur optimiste se satisfera des 4 heures qu’il aura passées en jouant à Koira.

Conclusion

Koira est un jeu touchant, amusant, bourré de charme et qui remplit parfaitement ses objectifs, à savoir proposer une expérience narrative et contemplative accessible à tous. Servie par une ambiance visuelle et sonore originale et extrêmement efficace, cette très belle histoire d’amitié est susceptible d’émouvoir n’importe quel joueur prêt à se laisser embarquer. Si le jeu pèche par son manque de complexité, il le compense par ses efforts en matière de direction artistique et de diversité de gameplay. En bref, une réussite et un must-have pour les fans du genre.

Test réalisé sur PC (Steam) via un code fourni par l’éditeur.

Conclusion

8,8/10

Les plus

  • Un récit très touchant sur l’amitié.
  • Une direction artistique splendide et originale réalisée à la main.
  • Une ambiance visuelle et sonore très immersive et contemplative.
  • Des phases de gameplay variées et divertissantes.
  • De nombreuses interactions avec notre nouvel ami chiot (n’oubliez pas de le caresser régulièrement).

Les moins

  • Le manque de complexité ne plaira pas à ceux qui cherchent le défi.
  • Les déplacements du héros posent parfois problème.
  • La durée de vie est un peu courte.