Modern Warfare – Le réalisme édulcoré : Retour en Arabistan.

Salmanasar

Call of Duty : Modern Warfare (2019) a rapporté 600 millions de dollars en trois jours d’exploitation et gagné un Game Award le 13 décembre 2019. La raison à un tel succès, le réalisme du jeu. Argument majeur d’Activision qui a créé le marketing du titre autour de ça. Cependant quand on se penche de plus près sur ce nouvel opus de Call of Duty, on se rend vite compte que le jeu n’est réaliste que quand ça lui chante.

**Attention spoilers droit devant**

Call-of-Duty-Modern-Warfare-Helmet-Cam

« Personnellement je sais que je n’aimerais pas jouer 15 ou 20 heures de ce qu’on vient de me montrer ». C’est ainsi qu’un journaliste de IGN lors de l’E3 2019 parle de Call of Duty : Modern Warfare. Cet opus de la série Call of Duty (CoD) est loin d’avoir fait l’unanimité partout.

Pourquoi me diriez vous ? Exactement pour la même raison qui a valu à Infinity Ward de gagner le 13 octobre 2019 le Game Award des meilleurs effets sonores sur le jeu, son réalisme. Le sacro-saint réalisme, l’argument de vente ultime des éditeurs pour faire vendre les jeux AAA et qui a semble t-il plu à beaucoup, au vu des résultats financiers de ce nouvel épisode de la série.Call-of-Duty-Modern-Warfare

En réalité de ce point de vue le jeu n’est pas différent d’un blockbuster de Cinéma hollywoodien. En fait les seuls autres jeux ayant jamais réussis à atteindre 600 millions de dollars en moins de 3 jours dans cet industrie sont Red Dead Redemption 2 et Grand Theft Auto 5. Autant dire que Modern Warfare (2019) rentre dans le top 5 des jeux les mieux vendus de l’Histoire et le meilleur lancement de jeu vidéo de 2019 !

Les jeux de guerre c’est plus fun que les films de guerre.

Économiquement, Modern Warfare prouve une fois encore que le jeu vidéo dépasse le Cinéma en chiffres d’affaires. Si on compare le titre à un des films les plus populaires de 2019, Joker a fait deux fois moins bien que Modern Warfare. Le film de DC n’a pourtant pas à rougir puisque comparativement il jouit du meilleur lancement pour un film de super héros à l’heure actuelle.

En fait Modern Warfare partage aussi le point commun avec Joker de diviser les foules lorsqu il s’agit de la violence représentée dans les deux titres. Toutefois le jeu édité par Activision nous montre encore une fois que les jeux de guerre c’est plus fun que les films de guerre, un plaisir coupable qu’on ne peut s’empêcher d’aimer tout en le condamnant.

C’est bien là que repose le contentieux principal à propos de la campagne solo du jeu, par ailleurs excellente. Les Russes sont les méchants de l’histoire. On comprend bien entendu que pour le bien du scénario un méchant clairement défini est commode. Néanmoins, certains appelleront ça de la paresse d’écriture. Sans surprise cette vision très clichée entre gentils Américains et vilains Russes n’a pas fait l’unanimité auprès de tout le monde à commencer par la Russie. Le jeu y est banni de la vente avec pour les cas les plus extrêmes des appels au boycott du titre.

highway of death
La route de la Mort au Koweit, bombardée durant la première guerre du golfe par les Américains. Dans Modern Warfare elle est située dans le pays fictif de l’Uzikstan.

Mais très bien soit, pourquoi pas. Recourir à la dichotomie du bien et du mal est une technique connue depuis longtemps dans les jeux vidéos afin de se permettre de raconter ce qu’on souhaite. C’est cependant plus problématique lorsque cela sert d’excuse pour réécrire l’histoire comme le jeu le fait dans le cas de la route de la mort, Highway of Death en anglais, décrite dans le jeu.

« Les Russes l’ont bombardés durant l’invasion, tuant les gens qui s’échappaient. » C’est ainsi qu’en parle Farah un personnage du jeu. Dans notre monde toutefois, il est ironique de noter que ce n’est pas les Russes qui sont à l’origine du massacre mais les Américains, tel qu’en parle Le Monde. Entre invention et révisionnisme il n’y a qu’un pas.Are we the baddies

Call of Duty : Modern Warfare, réaliste mais pas trop.

Le jeu se surpasse sur certains points en proposant par exemple des protagonistes marquants comme Farah Karim. Leader d’une milice locale, elle amène son peuple à résister face à l’invasion de son pays. Inspirée par les véritables combattants kurdes de l’YPJ, Activision surfe sur l’air du temps en donnant plus de visibilité à la gente féminine dans ses jeux.

Si cela ne servait seulement qu’à mettre un coup de projecteur sur une actualité brûlante et en même temps faire du profit, alors pourquoi pas. Mais dans ce cas on se demande pourquoi créer des pays fictifs tel que l’Urzikstan plutôt qu’utiliser de vrais noms de pays ? Le studio n’a pourtant aucun scrupule à utiliser des lieux réels, tel que Picadilly circus en Angleterre, théâtre d’une attaque terroriste dans le jeu.

 

Alors que Modern Warfare a été vendu comme un opus très réaliste dans la manière de traiter de la moralité en temps de guerre, on dirait que lorsque il s’agit de donner un coup de pied dans la fourmilière de la bien-pensance, Modern Warfare se permet d’être réaliste mais pas trop. Le message politique derrière le titre d’Infinity Ward est en cela très contestable.

Ce qui est malheureux, c’est que tout comme dans Modern Warfare où les Russes et les Américains se livrent une guerre par procuration en Urzikstan, Activision semble jouer ici le relais pour une certaine doctrine idéologique et que la communauté arabe en pâtit indirectement.

Modern Warfare : Retour en Arabistan.

Les choses vont en s’arrangeant depuis plusieurs années cependant. Certains jeux comme Assassin’s Creed : Origins contribue à donner meilleure presse à cette partie du monde. C’est en cela rafraîchissant car oui, en presque deux décennies dans ma carrière de gamer il ne me semble pas avoir entendu une seule fois le nom d’Afrique ou de Moyen-Orient autrement que pour décrire une terre inhospitalière.

Rami Ismail
Rami Ismail, game developer.

« Moi et mes amis avons commencé à parler d’Arabistan, ce pays arabe fictif où tout le monde vit dans un petit village dans le désert. […] Où toutes les femmes sont voilées et où les hommes ont des AK-47 et portent le turban et la barbe. Ce pays n’existe pas. » – Rami Ismail, The Dunes of Arabistan, Noclip.

Ainsi lorsque il s’agit de parler du Moyen-Orient, il est facile de faire des amalgames et des confusions. Tous les pays de cette partie du monde ne sont pas arabophones, il y a aussi des pays turcophones voire indo-européens comme l’Arménie. De plus tous les arabes ne sont pas musulmans et vice et versa. Toutefois par paresse il est simple de vite tout mélanger.

Le champs est alors libre pour dresser un profil type de ce à quoi devrait ressembler les gens de ‘là-bas’, voire d’être totalement à côté de la plaque quand on décrit ces cultures. Il est malheureusement pas rare par exemple de voir des écritures soit-disant arabes dans certains jeux, alors qu’il ne s’agit en fait que de caractères agencés au hasard.

“Depuis que les pays arabes sont devenus plus populaires en tant que scènes de théâtre pour les jeux, j’ai eu le droit à beaucoup de ‘est-ce que ça fait vrai’ moments. Même avec une bonne localisation et un test qualitatif des jeux, il peut être effrayant de lancer [un jeu] dans une langue dont vous ne pouvez même pas dire où une lettre commence et où elle termine. Voilà quelques indices :”

Dans Modern Warfare la meilleure représentation de ce cliché de l’Arabistan c’est bien entendu l’Urzikstan. On y parle l’arabe tel qu’on peut le constater plusieurs fois dans l’aventure. Là où le bas blesse, c’est que ce pays imaginaire où se déroule une partie de l’aventure est situé au nord de la Turquie et partage une frontière avec la Géorgie.

De ce fait si on en suit la logique géographique les Urziks, habitants de l’Urzikstan, devraient être de culture perse et parler une langue turcophone. L’aire linguistique arabe se situant bien plus au sud d’où se trouve le pays. C’est un élément important loin d’être anecdotique lorsque on sait qu’il y a autant de différence entre l’arabe et le turc qu’il en existe entre le français et le japonais.

En vérité, pointe Rami Ismail, les clichés sur le Moyen-Orient continuent à être utilisés dans les jeux aussi parce qu’ils ont tellement bien été assimilés que si on montrait de vraies images de villes comme Beyrouth telles qu’elles sont aujourd’hui par exemple, les gens ne croiraient pas en leurs véracité.

beirut-lebanon
à gauche une photo de Beyrouth de Hamdan Yoshida, à droite Beyrouth représentée dans la série américaine Homeland.

Un jeu divertissant avant tout.

Il est vrai que Modern Warfare est loin d’être exempté de tout reproche. Paradoxalement vendu comme un jeu de guerre réaliste, il est parfois difficile de fermer les yeux devant les approximations et les astuces de scénario convenues. Toutefois qu’on s’entende bien, le jeu d’Infinity Ward n’est pas là pour faire un cours de sciences politique.

Modern Warfare est un jeu avant tout. On y tue des centaines de soldats comme on écraserait des mouches et il suffit de se cacher quelques secondes pour récupérer de cinq balles dans le buffet. Le jeu n’a jamais eu vocation d’être totalement réaliste dans sa façon de dépeindre la guerre. L’important c’est d’être conscient de ses failles pour ne pas intérioriser les clichés que le jeu véhicule. Il ne réinvente pas la roue et se contente d’appliquer une formule bien rôdé dans un but de divertissement.

Ce qu’on peut espérer toutefois, c’est que les polémiques concernant ce jeu, et il y en a, ouvre la porte à des changements de pratiques dans le médium, notamment en ce qui concerne la vision qu’on a des pays du Moyen-Orient et africains.

Cela étant dit il existe de bonnes raisons à ce que le jeu d’Infinity Ward ait été nominé dans plusieurs catégories aux Game Awards tout en remportant une récompense. En fait il y a de grandes chances que le jeu soit tout aussi amusant à jouer pour vous qu’il l’a été pour nous. En dehors de sa campagne solo divertissante le multijoueur à le potentiel de vous tenir en haleine durant des centaines d’heures avec un contenu mis à jour régulièrement. Ce serait dommage de se priver d’une telle expérience.

modern-warfare weapon skin
Du fun en multijoueur, mais attention au porte-feuille.

On passera sous silence les pratiques de monétisation aberrantes qui auront tôt fait de vous faire perdre des centaines d’euros si vous n’êtes pas vigilant. Cependant Modern Warfare n’est pas le premier ni le seul aujourd’hui à exercer ce genre de pratiques.

En dehors de cela, c’est un bon jeu popcorn, qui vous entraîne facilement. Plus qu’un jeu réaliste, c’est un titre qui s’ancre dans le réel pour proposer un des jeux de guerre les plus convaincants à l’heure actuelle. Le youtubeur Evan Royalty l’a très bien compris avec son superbe montage vidéo tiré du jeu qu’on vous invite à regarder en bas de l’article.

Du coup, donneriez-vous sa chance à ce jeu, quels clichés vous énervent le plus dans les jeux vidéo ? Merci de nous avoir suivi ! N’hésitez pas à commenter en bas de l’article et nous suivre sur notre page Facebook. Venez interagir avec nous et la communauté sur notre Discord officiel. En attendant, restez connectés pour vous informer des dernières news sur GeekNplay !

CLEAN HOUSE | Modern Warfare Cinematic
0 0
Happy
Happy
0 %
Sad
Sad
0 %
Excited
Excited
0 %
Sleppy
Sleppy
0 %
Angry
Angry
0 %
Surprise
Surprise
0 %

Laisser un commentaire

Next Post

Dragon Ball Legends - Après l'annonce de Son Goku, Vegeta arrive et en SSJ4

Il y a trois jours, GeeknPlay vous annonçait l’arrivée de Son Goku en SSJ4 sur Dragon Ball Legends. Ce qui devait arriver par la suite pour une majorité de la communauté. A savoir, un autre guerrier ayant atteint ce stade de transformation, va en réalité débarquer plus vite que prévu… […]
libero id leo suscipit massa libero id leo. ut Nullam porta.