TEST – EVERSPACE 2: Galactic Edition

Il y a deux catégories de personnes dans l’univers du jeu vidéo. Celles qui lancent un jeu spatial en se disant : « Je vais faire la mission principale tranquillement ». Et celles qui, trois heures plus tard, sont toujours dans un champ d’astéroïdes à comparer deux canons laser parce que celui qui possède 4 % de dégâts supplémentaires pourrait, potentiellement, améliorer leur build. EVERSPACE 2 s’adresse clairement à la deuxième catégorie. Sorti initialement sur PC en 2023, le jeu de ROCKFISH Games arrive enfin sur une console Nintendo avec EVERSPACE 2: Galactic Edition, une édition particulièrement généreuse puisqu’elle embarque le jeu de base ainsi que les extensions Titans et Wrath of the Ancients, sans oublier le Supporter Pack. Et surtout, elle débarque directement sur Nintendo Switch 2. Une machine qui commence doucement à accueillir les jeux que la première Switch aurait probablement regardés avec un air paniqué avant de s’éteindre toute seule. Alors, est-ce qu’EVERSPACE 2 mérite son billet pour le Cluster 34 sur Switch 2 ?

Spoiler : oui.

Mais il va falloir accepter quelques turbulences.

Un Freelancer sous (a)stéroïdes… avec une obsession maladive pour le loot

Commençons par une précision importante : EVERSPACE 2 n’est pas EVERSPACE 1. Le premier épisode reposait sur une structure roguelike avec des parties successives, la mort et la progression permanente. EVERSPACE 2 prend une direction radicalement différente. Ici, on retrouve un véritable RPG spatial d’action, avec une campagne scénarisée, des secteurs à explorer, des quêtes, des factions, des ressources, du commerce, du craft, des vaisseaux différents et surtout…

du loot. Beaucoup. Énormément. Beaucoup trop. Enfin… exactement assez.

Vous incarnez Adam Roslin, un clone de pilote militaire qui se retrouve embarqué dans une aventure nettement plus importante que prévu. L’histoire nous fait traverser le Cluster 34, ses différentes factions et ses nombreux systèmes stellaires. Le scénario fait correctement son travail, mais il ne faut pas acheter EVERSPACE 2 en espérant découvrir le prochain grand chef-d’œuvre de science-fiction. Les personnages sont sympathiques, les cinématiques façon roman graphique sont plutôt réussies et l’univers possède suffisamment de matière pour donner envie de comprendre ce qui se passe. Mais l’écriture manque régulièrement de mordant. On est très loin d’un Mass Effect. Et heureusement, quelque part. Parce qu’au lieu de passer 40 minutes dans une cantina à discuter avec un PNJ qui nous explique l’histoire politique d’une planète, EVERSPACE 2 préfère nous donner un vaisseau, trois ennemis et un coffre contenant un canon laser violet. Et franchement… On connaît tous la priorité.

EVERSPACE 2

Le vrai héros : votre vaisseau

C’est ici qu’EVERSPACE 2 commence réellement à devenir addictif. Votre vaisseau est plus important (et plus charismatique) que votre personnage. Et le jeu nous donne une quantité assez impressionnante de possibilités pour le personnaliser. Armes, Modules, Boucliers, Blindage, Propulseurs, Bonus, Capacités, Équipements et différentes classes de vaisseaux. Chaque nouveau coffre peut donc potentiellement provoquer cette réaction parfaitement saine :

« Attends… il faut que je compare ça avec ce que j’ai. »

Puis viennent les statistiques. Puis les bonus. Puis les synergies. Puis les modifications. Puis le craft. Puis le stockage. Puis…

« Bon, finalement je vais juste changer mon build. »

Deux heures plus tard, vous n’avez toujours pas fait la mission principale. C’est probablement le meilleur indicateur de la réussite du système de progression. EVERSPACE 2 reprend finalement beaucoup de sensations propres aux looter-shooters et aux ARPG. Sauf qu’au lieu de jouer avec une épée ou un fusil d’assaut, vous pilotez une machine capable de transformer un groupe de pirates spatiaux en confettis. Le jeu vous pousse constamment à améliorer votre équipement. Vous détruisez un ennemi. Vous récupérez son équipement. Vous améliorez votre vaisseau. Vous allez dans une zone plus dangereuse. Vous récupérez un meilleur équipement. Vous retournez améliorer votre vaisseau. Et ainsi de suite. La boucle est simple. Terriblement simple. Et dangereusement efficace.

EVERSPACE 2

Des combats qui savent mettre le feu à l’écran

C’est probablement le domaine dans lequel EVERSPACE 2 met tout le monde d’accord. Les combats sont excellents. Le jeu mélange déplacements libres, accélération, strafing, capacités spéciales, armes primaires et secondaires. Le tout avec une bonne sensation de vitesse. On n’est pas dans un simulateur spatial où il faut suivre une formation de pilote avant de réussir à tourner à gauche. EVERSPACE 2 reste très arcade. Et c’est tant mieux. Les commandes demandent néanmoins un petit temps d’adaptation. Une fois les commandes maîtrisées, on peut enchaîner les déplacements, esquiver une attaque, se repositionner, utiliser une capacité et envoyer quelques missiles dans la direction générale de quelqu’un qui avait probablement une famille. Le jeu devient alors particulièrement jouissif. Et ce plaisir fonctionne même avec la manette. C’est important. Parce que beaucoup de jeux spatiaux finissent par vous expliquer que vous auriez dû acheter un clavier mécanique de 140 touches. EVERSPACE 2 réussit à condenser son arsenal de commandes sur une manette sans rendre l’ensemble injouable.

Il faut simplement apprendre les combinaisons. Et éviter d’appuyer sur le mauvais bouton lorsque cinq ennemis vous tirent dessus. Parce que là, évidemment, c’est toujours le bouton qui permet de faire quelque chose d’absolument inutile. EVERSPACE 2 est parfaitement jouable sur Switch 2. La machine n’affiche évidemment pas le même niveau de qualité que sur un PC équipé d’une grosse carte graphique. Il faut s’attendre à des compromis. Textures moins détaillées. Distance d’affichage réduite. Effets visuels parfois diminués. Quelques éléments qui apparaissent plus tardivement. Mais dans l’ensemble, le résultat est franchement impressionnant pour une console portable. Les environnements restent très beaux. Le jeu sait donner une véritable impression d’échelle. Et surtout, les différents environnements sont fabriqués à la main. C’est un élément important. EVERSPACE 2 n’est pas simplement un gigantesque espace vide généré automatiquement. Les différentes zones possèdent leurs propres décors, leurs secrets, leurs puzzles et leurs activités. Certains secteurs sont particulièrement agréables à explorer. Et c’est probablement l’une des raisons pour lesquelles on accepte beaucoup plus facilement la structure découpée du jeu.

EVERSPACE 2

Le compromis technique : 30 FPS et pas de cockpit

Et maintenant, le petit astérisque. La version Switch 2 vise 30 FPS. Et honnêtement ? Ça fonctionne. Le framerate est suffisamment stable pour que les combats restent agréables et réactifs. On aurait évidemment préféré 60 FPS. Mais entre un 30 FPS stable et un 60 FPS qui transforme chaque grosse bataille en diaporama spatial, le choix est vite fait. Les développeurs ont également dû faire un autre sacrifice. Et celui-ci risque davantage de faire grincer des dents : La vue cockpit est absente de la version Switch 2. Oui. Vous pilotez donc votre vaisseau… sans réellement pouvoir vous installer dans son cockpit. C’est un choix assumé par ROCKFISH Games : maintenir cette vue aurait entraîné des pertes de performances trop importantes et aurait nécessité des compromis supplémentaires sur l’ensemble du jeu. Techniquement, c’est compréhensible. Pour l’immersion, en revanche… Ça pique. Surtout lorsque certaines cinématiques nous montrent précisément ce que cette vue aurait pu apporter.

Portable ou docké ?

Personnellement, je placerais un petit bémol sur le mode portable. Pas parce que le jeu est moche. Au contraire. Mais parce que l’interface est chargée. Très chargée. Parfois beaucoup trop. Il y a des informations partout. Barres de vie. Distances. Cibles. Icônes. Objets. Capacités. Statistiques. Marqueurs. Et quelques informations qui attendent encore quelque part dans un menu pour nous expliquer pourquoi notre moteur est 3 % moins performant que celui du vaisseau que nous venons de détruire. Sur une télévision, ça passe beaucoup mieux. Sur l’écran de la Switch 2, certains textes deviennent forcément plus petits. Pour les joueurs ayant une bonne vue, aucun problème majeur. Pour les autres… Préparez les lunettes. Et éventuellement le télescope.

EVERSPACE 2

Une galaxie qui n’est pas vraiment ouverte

Il faut aussi parler d’une particularité qui peut surprendre. EVERSPACE 2 propose un univers vaste. Mais il n’est pas seamless. Les différents systèmes et zones sont séparés par des écrans de chargement. Cela permet évidemment aux développeurs de construire des environnements beaucoup plus détaillés. Mais cela casse parfois un peu l’immersion. Vous pouvez être tranquillement en train d’explorer une zone magnifique… puis écran noir. Chargement. Retour dans l’espace. Puis quelques minutes plus tard : écran noir. Chargement. Bienvenue dans une autre zone. Puis mission secondaire. Puis voyage. Puis… Oui. Écran noir. C’est particulièrement dommage parce que le jeu donne parfois vraiment l’impression de nous offrir une immense galaxie à parcourir librement. Dans les faits, il s’agit plutôt d’un ensemble de grandes zones interconnectées. Ce n’est pas forcément un défaut. Mais il faut le savoir.

L’exploration est probablement la meilleure surprise. Et c’est ici que le jeu se montre plus malin qu’il n’en a l’air. Les environnements sont remplis de petites activités. Épaves. Caches. Ressources. Ennemis. Puzzles. Zones secrètes. Mini-donjons spatiaux. Certains passages demandent même de comprendre comment atteindre une zone ou comment activer différents mécanismes. On retrouve presque parfois une logique de petit dungeon crawler. Sauf que votre personnage possède un moteur et des missiles. Les cartes sont suffisamment travaillées pour donner envie de fouiller. Et c’est important parce que la campagne principale pourrait autrement devenir rapidement une succession de : « Va là-bas. » « Détruis ça. » « Maintenant va là-bas. » « Détruis ça aussi. » Et justement… C’est l’un des défauts du jeu.

EVERSPACE 2

Le problème : la répétitivité

Parce qu’à force de jouer, la structure finit par apparaître. Et une fois qu’on l’a vue… on ne peut plus vraiment l’ignorer. Une grande partie des missions revient à : aller quelque part et détruire quelque chose. Ou : aller quelque part et récupérer quelque chose. Puis généralement… détruire quelque chose. Les combats sont suffisamment amusants pour que cela fonctionne pendant longtemps. Mais sur plusieurs dizaines d’heures, la répétition devient perceptible. C’est le revers de la médaille d’un jeu qui préfère perfectionner sa boucle principale plutôt que de multiplier les systèmes. Et finalement, c’est assez cohérent avec son ADN. EVERSPACE 2 ne cherche pas à être 15 jeux différents. Il veut être un excellent jeu de combat spatial avec du loot. Mission accomplie. Mais après 40 heures, vous risquez quand même de reconnaître la recette.

Un élément parfois moins mis en avant mérite pourtant quelques applaudissements : le commerce. Les différents systèmes possèdent leurs propres prix et niveaux de demande. Vous pouvez donc acheter certaines marchandises dans un secteur et les revendre ailleurs. Et non, il ne s’agit pas uniquement de transporter trois caisses de minerais en regardant votre vaisseau faire du surplace. La mécanique permet réellement de planifier certaines routes commerciales. On peut même se retrouver à optimiser ses trajets entre deux missions. Et évidemment, si vous êtes déjà du genre à calculer le prix au kilo d’une bouteille de lessive au supermarché… Vous allez probablement adorer.

EVERSPACE 2

Les extensions : deux DLC, deux ambiances

La Galactic Edition ne se contente pas de proposer le jeu original. Elle ajoute également Titans et Wrath of the Ancients.Titans apporte deux nouvelles lignes narratives autour de gigantesques créatures et vaisseaux. Le contenu reste cohérent avec le jeu principal. Les graphismes sont toujours magnifiques. Les combats fonctionnent toujours. Les nouvelles situations sont intéressantes.

Wrath of the Ancients est nettement plus ambitieux. L’extension ajoute quatre nouveaux systèmes stellaires, une nouvelle histoire post-campagne, de nouveaux ennemis, de nouveaux équipements et surtout le Wraith, un nouveau vaisseau issu des Okkar. L’histoire autour des Anciens fonctionne très bien. Le nouveau vaisseau apporte également une vraie différence dans la façon de jouer. Le Wraith dispose notamment d’une capacité de forme spectrale qui encourage un style plus agressif. On trouve également de nouveaux équipements et des variations d’armes légendaires.

Bref, si Titans ressemble parfois à un dessert qu’on aurait commandé alors qu’on n’avait déjà plus faim, Wrath of the Ancients ressemble davantage à une vraie deuxième tournée.

Une durée de vie franchement généreuse

Le jeu de base est annoncé autour de 30 heures pour la campagne, tandis que l’ensemble de la Galactic Edition dépasse les 50 heures de contenu narratif et secondaire. Et cela sans compter les joueurs qui vont vouloir absolument tout récupérer. Et ils existent. On les connaît. Ils ont déjà ouvert leur inventaire. Ils comparent trois canons. Ils viennent de lire 14 lignes de statistiques. Ils vont rester là encore vingt minutes. Le contenu est donc particulièrement généreux. Et surtout, la progression donne constamment une raison de continuer. Vous voulez un meilleur équipement. Vous voulez essayer un autre vaisseau. Vous voulez terminer une zone. Vous voulez récupérer une ressource. Vous voulez voir ce qu’il y a derrière cette épave. Et soudain :

« Tiens, il est 1h30. »

Classique.

Et graphiquement ?

Pour un jeu de cette ambition sur Switch 2 : c’est franchement réussi. Les environnements sont détaillés. Les éclairages fonctionnent bien. Les explosions donnent du spectacle. Les combats peuvent afficher de nombreux vaisseaux. Les panoramas spatiaux sont souvent magnifiques. Il y a évidemment une baisse de qualité par rapport aux machines plus puissantes. Mais le compromis est raisonnable. La vraie faiblesse n’est pas tellement la qualité graphique. C’est plutôt la lisibilité. Le HUD peut devenir franchement envahissant. Et dans une bataille avec plusieurs ennemis, on peut rapidement avoir l’impression de jouer à : « Où est mon vaisseau au milieu de toutes ces icônes ? ».

Alors, EVERSPACE 2 sur Nintendo Switch 2 : bonne idée ?

Oui.

Et même plutôt deux fois oui. Parce que le principal intérêt de cette version n’est pas simplement de pouvoir jouer à EVERSPACE 2 sur une console Nintendo. C’est de pouvoir le faire en portable. Et ça change beaucoup de choses. Un jeu comme celui-ci fonctionne particulièrement bien en petites sessions. Vous avez vingt minutes ? Vous allez récupérer quelques ressources. Vous avez une heure ? Vous allez avancer une mission. Vous avez trois heures ? Vous allez probablement refaire tout votre inventaire pour gagner 2 % de DPS. La Switch 2 lui donne donc une seconde vie particulièrement adaptée. Et surtout, elle permet enfin à Nintendo de disposer d’un véritable jeu de combat spatial de grande ampleur.

Conclusion

8,5/10
EVERSPACE 2: Galactic Edition est probablement l'un des jeux spatiaux les plus intéressants à avoir rejoint le catalogue de la Nintendo Switch 2. Ce n'est pas le meilleur jeu narratif de science-fiction. Ce n'est pas le simulateur spatial le plus profond. Ce n'est pas non plus une expérience techniquement identique aux versions PC haut de gamme. Mais ce n'est pas ce qu'on lui demande. Ce qu'on lui demande, c'est :

Est-ce qu'il est amusant de piloter un vaisseau, exploser des ennemis, récupérer du loot, améliorer son équipement et repartir immédiatement chercher quelque chose d'encore plus gros ? Et les deux extensions permettent de prolonger sérieusement l'aventure.

En échange, il faut accepter un scénario qui ne restera probablement pas dans les annales, des missions parfois répétitives, une interface chargée, des écrans de chargement fréquents et l'absence de vue cockpit. Et surtout ces fameux 30 FPS. Mais honnêtement ? Après quelques heures, on finit par s'en moquer. Parce qu'on est trop occupé à comparer deux canons laser.

Et c'est finalement ça, EVERSPACE 2. Un jeu qui réussit à nous faire oublier pourquoi on était venu jouer à la base. On voulait simplement faire une mission. On repart avec un nouveau vaisseau. Un nouveau build. Douze objets à démonter. Trois secteurs à explorer. Deux quêtes secondaires. Et une facture de réparation.

Les plus

  • Des combats spatiaux particulièrement réussis
  • Une excellente sensation de pilotage
  • Un système de loot extrêmement addictif
  • Une personnalisation des vaisseaux très poussée
  • Une exploration pleine de secrets et de puzzles
  • Plus de 50 heures de contenu avec les extensions
  • Une adaptation Switch 2 techniquement solide
  • Les deux extensions incluses dans la Galactic Edition

Les moins

  • Un scénario qui manque clairement de puissance
  • Des missions qui deviennent répétitives
  • Des écrans de chargement qui cassent régulièrement l'immersion
  • La vue cockpit absente sur Switch 2
  • Les 30 FPS pourront frustrer les joueurs habitués au 60 FPS
DrFamikon

DrFamikon

Je suis un joueur non pas parce que je n'ai pas de vie mais parce que j'ai choisi d'en avoir plusieurs...

Voir tous les articles de DrFamikon

Votre email ne sera pas publié. Les champs obligatoires sont marqués *

Laisser un commentaire