Critique – MAD Tome 1 de Yûsuke Ôtori aux éditions Kazé

Un nouveau manga de science-fiction vient de faire son apparition en France. Avec son ambiance dystopique et ses thématiques axées sur les extraterrestres, cette œuvre cherche à renouveler le genre. Intitulé MAD, ce manga dessiné et scénarisé par Yusuke Otori compte actuellement plusieurs tomes, le deuxième volume venant tout juste de sortir. Alors que les nouveautés s’enchaînent à un rythme effréné sur le marché, peu de séries parviennent à se démarquer. Pourtant, MAD commence à attirer l’attention grâce à son intrigue mystérieuse et à la propreté de ses dessins. Pour voir ce que le titre a dans le ventre, nous nous sommes penchés sur l’édition collector du tome 1, envoyée par l’éditeur Kazé.

MAD : l’histoire des derniers hommes et des extraterrestres

Sorti le 15 avril dernier dans les librairies françaises, MAD s’était déjà forgé une solide réputation au Japon. Il faut dire que son univers dystopique et son style graphique ont de quoi marquer les esprits : l’auteur fait le choix de dessins entièrement réalisés à la main, sans retouches numériques pour lisser son trait. Écrit et illustré par Yusuke Otori, MAD a débuté sa prépublication sur le site Shōnen Jump+ de Shueisha en juin 2024. Le manga a rapidement transformé l’essai en se classant 11e aux prestigieux Next Manga Awards en 2025. Et on comprend vite pourquoi le succès est au rendez-vous. Dès le départ, avec sa couverture collector où le rouge prédomine, le titre intrigue. On est immédiatement plongé dans une ambiance sombre et sans concession.

L’histoire s’ouvre brutalement sur une invasion d’extraterrestre. Alors que personne ne s’y attend, une météorite percute la Terre, apportant avec elle une espèce extraterrestre destructrice.(les monstres ressemblent au design de monstres d’Alien) En un rien de temps, la majeure partie de la population est décimée et l’humanité bascule au bord de l’extinction. Pour raconter ce chaos, l’auteur utilise une mise en scène très cinématographique. Plutôt que de miser sur de l’action pure et continue, il préfère s’attarder sur les conséquences des attaques à travers des plans lourds de sens. Yusuke Otori soigne ses cadrages et laisse le dessin s’exprimer de lui-même, limitant parfois les dialogues pour renforcer l’atmosphère pesante de son récit.

Au milieu de ce cauchemar, on suit John. Le visage marqué par la fatigue et le désespoir, ce survivant porte les stigmates de ses traumatismes, notamment un bras amputé qui témoigne de la violence de ses anciennes rencontres avec l’envahisseur. Malgré la terreur qui le ronge, il avance pour protéger sa petite sœur, Emma. Ensemble, ils ont rejoint un groupe de survivalistes dirigé par Ethan, dont le but est d’atteindre un abri fortifié pour échapper aux monstres. Cependant, les créatures repèrent rapidement leur trace, et on fait alors une découverte macabre : Emma n’est pas tout à fait vivante…

Pour vous donner une idée plus précise de ce qui vous attend, voici le synopsis officiel du manga :

Sur une planète tombée aux mains d’aliens, John a perdu toute raison de vivre. Mêlé à une poignée de survivants qui se raccrochent à un ultime espoir, l’homme marche en direction de la source d’un mystérieux signal. Mais sur ces terres désolées où la folie guette les plus faibles, la menace ennemie peut s’abattre à tout moment…

Syndrome du survivant ? Survivre à tout prix ?

Ce qui fait l’originalité de MAD et explique son succès critique naissant, c’est avant tout la lourdeur de son atmosphère. Face à l’invasion de ces mystérieux prédateurs extraterrestres, Yusuke Otori choisit de privilégier l’étude psychologique de ses personnages à l’action. Dans ce premier tome, le traitement des traumatismes est d’une grande justesse. John, le protagoniste, incarne à lui seul la détresse humaine. Bien qu’il ait tout perdu, il s’accroche aux dernières reliques de son passé : sa petite sœur Emma, un groupe de rescapés avec lequel il refuse pourtant de se lier au départ, et surtout un pendentif en forme de corne, précieux souvenir qui symbolise son dernier fil d’espoir.

Marqué au fer rouge par la destruction de son ancien camp, John souffre d’un violent stress post-traumatique qui se traduit par une paranoïa et une profonde incapacité à accorder sa confiance. Le manga brille par son réalisme psychologique. L’auteur n’utilise pas de grosses bulles de pensées pour expliciter la détresse de son héros ; il fait passer la culpabilité du survivant à travers des regards fuyants, des visages fermés et des discussions pesantes. Comme souvent dans les grands récits d’anticipation, la survie n’est plus un choix égoïste, mais un fardeau. Les personnages n’ont parfois plus la force de se battre pour eux-mêmes, mais s’y obligent pour honorer le sacrifice de ceux qui sont tombés.

Sur le plan des influences, MAD s’inscrit dans la lignée des chefs-d’œuvre de la survie minimaliste. La dynamique protectrice et fraternelle au milieu du chaos rappelle inévitablement la relation entre Joel et Ellie dans le jeu vidéo The Last of Us de Naughty Dog, ou encore le climat d’insécurité permanente de The Walking Dead. Mais c’est surtout du côté de la littérature post-apocalyptique que le manga puise sa noirceur, évoquant directement le roman culte La Route de Cormac McCarthy. On y retrouve cette même errance désespérée dans un monde dépeuplé où la nature a perdu ses droits.

Un manga qui prend son temps et qui ne plaira pas forcément à tout le monde

Les habitués du genre le savent bien : ce type de structure narrative fait le choix de la patience. Plutôt que de déballer toutes les explications et les secrets de l’invasion dès les premiers chapitres, MAD préfère installer une atmosphère lourde, teintée de drame et de mystère. Le manga prend le temps de densifier la psychologie de ses personnages et de poser les fondations de son univers, au lieu d’enchaîner les combats frénétiques ou les révélations. En se focalisant sur les relations humaines et sur la manière dont les survivants avancent après avoir traversé le pire, l’œuvre assume un parti pris contemplatif qui pourra déstabiliser les lecteurs venus chercher de l’action immédiate ou du grand spectacle.

Yusuke Otori accorde une importance capitale au découpage et à la construction de ses planches. En s’appuyant sur des séquences très cinématographiques caractérisées par de grands plans, des focus sur les regards et un minimalisme pesant, il cherche d’abord à faire ressentir le vide et l’angoisse de ce monde post-apocalyptique. L’identification passe par le partage de la détresse des protagonistes, bien avant l’élucidation des mystères de l’intrigue.

Bien qu’il ne s’adresse pas forcément à tous les profils en raison de son rythme très calibré, MAD s’impose comme une lecture incontournable pour les passionnés de science-fiction dystopique. Le titre se démarque par un réalisme brut et une capacité rare à faire peser une menace invisible mais constante sur le lecteur. Alors que les deux premiers tomes sont d’ores et déjà disponibles en librairie, nous ne pouvons que vous conseiller de vous jeter sur cette nouveauté, de feuilleter ses superbes pages encrées à la main et de vous laisser emporter par son ambiance unique.

  • Critique réalisée grâce à l’envoi d’un tome collector par KAZE.

Conclusion

8,0/10
En fin de compte, MAD s'impose comme une proposition très solide. Yusuke Otori livre une œuvre portée par un style graphique traditionnel entièrement réalisé à la main qui donne une identité visuelle brute et unique au récit. En faisant le choix de privilégier une mise en scène cinématographique et une exploration psychologique profonde, le manga installe une atmosphère dystopique qui rappelle de grands chefs-d'œuvre de la survie comme The Last of Us ou La Route. Cependant, ceux qui s'attendent à de l'action immédiate ou à des révélations en cascade risquent d'être déstabilisés par la lenteur de l'intrigue et l'absence d'explications rapides sur l'invasion extraterrestre. Les deux premiers tomes sont d'ores et déjà disponibles en librairie, nous ne pouvons que vous conseiller de vous jeter sur cette nouveauté, de feuilleter ses superbes pages.

Les plus

  • Une ambiance lourde, pesante et ultra-immersive
  • Des dessins faits main et sans retouches
  • Une analyse psychologique réaliste des survivants
  • Le design des extraterrestres

Les moins

  • Un rythme lent qui peut frustrer
  • On cherche encore...
justemr

justemr

Fan de jeux vidéo et d'animation japonaise depuis mon enfance, j’espère partager ma passion avec tous les curieux.

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