Astérix, ce valeureux Gaulois né de l’imagination géniale de René Goscinny et Albert Uderzo, a conquis nos cœurs intrépides dans les années 60. Une véritable prouesse, surtout pour un bonhomme qui s’abreuve régulièrement de potion magique. Maintenant, imaginez un éditeur qui a déjà gratifié le monde de quelques joyaux vidéoludiques mettant en scène le petit héros gaulois. Eh bien, Nacon a décidé de replonger dans l’univers épique avec Astérix & Obélix: Heroes, le troisième opus de leur partenariat. Si, par le passé, nous avions l’habitude de distribuer des claques aux Romains (et aux pirates) dans des mondes plus ou moins ouverts en compagnie de nos intrépides Gaulois, cette fois-ci, Nacon nous réserve une aventure inédite en plaçant nos héros dans un genre qu’ils n’ont que rarement exploré : le jeu de cartes tactique au tour par tour.
Ils sont fous ces romains !
Encore un de ces jeux de cartes au tour par tour avec son lot d’éléments de construction de deck ! Vous savez, ce genre de jeu qui se multiplie dans l’industrie du jeu vidéo comme les Gaulois fourmillent dans les aventures d’Astérix. Pourtant, Astérix & Obélix: Heroes ne se fond pas dans le moule roguelite de ses homologues. Bien au contraire, il se lance dans une expérience linéaire, rythmée par une histoire divisée en chapitres, où chaque bataille se dévoile grâce à un monde ouvert en mode plateau, vous permettant d’anticiper chaque coup stratégique. Sur le papier, l’idée semblait captivante. Astérix & Obélix: Heroes s’inscrit dans la lignée de Slay the Spire, mais sans la brutalité punitive de ce dernier. Si l’envie vous prend de sauter un combat non obligatoire contre un centurion, libre à vous. Vous sacrifierez quelques points d’expérience, des cartes supplémentaires et de la monnaie, mais étant donné la relative facilité du jeu, manquer une escarmouche de temps à autre ne sera guère préjudiciable. Surtout avec des combats aussi peu inspirants, il est difficile de trouver une motivation constante pour s’attaquer à des objectifs non essentiels.
Le système de combat est d’une simplicité déconcertante, avec des cartes et des effets manquant cruellement d’originalité. En gros, il suffit de rassembler des mouvements offensifs pour les trois « héros » principaux de votre équipe afin de venir à bout des ennemis de l’autre côté de l’écran. De surcroît, vous avez la possibilité d’intégrer un personnage de soutien, doté d’un deck différent composé de compétences passives telles que la guérison ou l’infligeance de malus à l’équipe adverse. Veillez simplement à surveiller votre jauge de « motivation », une sorte de barre d’endurance plutôt inutile que vous pouvez recharger lors des divers feux de camp disséminés dans les différents mondes. Comme le jeu suppose que vous allez rejouer les niveaux encore et encore, la progression est incroyablement lente. Les personnages gagnent des niveaux d’expérience lentement. Vous gagnez de nouvelles cartes très rarement (il y en a 150 en tout) et l’histoire prend un temps fou à se dévoiler.
Un jeu Astérix, sans la plume de René Goscinny et Albert Uderzo :
Le concept du jeu est plutôt basique (et étonnamment linéaire) : explorez une carte, battez quelques ennemis, amassez de l’argent, acquérez de nouvelles cartes, recrutez de nouveaux personnages, et ainsi de suite. C’est la routine de gameplay qu’Astérix & Obélix: Heroes nous propose. Bien que le jeu ne souffre d’aucun bug notable et ne présente aucun ralentissement, il semble souvent dépourvu d’enthousiasme. Heureusement, quelques dialogues humoristiques rendent hommage à la série, créant des situations cocasses. Cependant, l’esprit festif semble avoir déserté les camps romains de Petibonum, Babaorum et Laudanum, laissant le fun du côté de Jules César. Le passage d’un style artistique magnifiquement dessiné à la main, tel que vu dans « Baffez les tous« , à cette présentation digne d’un jeu mobile, a été tout simplement choquant, pour ne pas dire décevant. Les cartes ne déclenchent pas d’animations spécifiques, les personnages se déplacent à peine à l’écran, les effets de particules brillent par leur absence, et les environnements sont d’une fadeur déconcertante. Cela donne l’impression que le jeu a été conçu par un jeune studio indépendant dépourvu d’expérience.
Vous construisez deux decks de cartes – un pour votre groupe principal, et ensuite un deck « de soutien », et vous sélectionnez ensuite quatre héros. Trois « combattants » et un « supporter ». Lorsque vous rencontrez un ennemi, l’action se déroule comme dans Slay The Spire. Au tour d’un personnage, il dispose de quelques points d’aptitude à utiliser, et peut jouer des cartes de sa main, les cartes plus puissantes coûtant plus de points d’aptitude. Certaines cartes infligent des dégâts ou causent des effets néfastes aux ennemis, tandis que d’autres renforcent les boucliers ou la santé de vos alliés. Enfin, les ennemis projettent l’attaque qu’ils s’apprêtent à faire, vous donnant quelques tours pour vous y préparer. Tous les personnages utilisent les mêmes cartes, donc Astérix peut utiliser une carte qui représente une attaque d’Obélix, et donc les différences réelles entre les personnages ne sont guère plus que des questions esthétiques. La variété des cartes est assez limitée et les tactiques disponibles grâce à la construction de decks sont superficielles. Pour finir, les personnages ne sont même pas animés sur la carte, par exemple. Ils glissent simplement, comme si les développeurs n’avaient jamais pris la peine de faire évoluer cette partie du design au-delà du prototype. Puis, en combat, les attaques manquent de style et, la plupart du temps, ne semblent même pas liées à la carte que vous venez de jouer.
J’entends le loup, le renard mais pas la belette…
Le plus grand coupable est la bande-son et tous les effets sonores qui permettent aux joueurs de se plonger dans un jeu. Ici, il n’y a presque rien à entendre, à croire que les développeurs ne voulaient pas effrayer les sangliers qui se trouvaient là depuis un moment . La bande-son est mixée à un volume incroyablement bas, et les effets sonores sont basiques et cheap. Sans exagérer, nous avons du vérifier que l’option muet n’était pas cochée dans les options car même après une victoire contre un « boss »( oui avec les guillemets car il s’agit juste d’un ennemi avec un peu plus de PV), nous n’avons eu le droit qu’à une petite fanfare ridicule pour nous féliciter… La musique du jeu semble avoir été sélectionnée au hasard dans une bibliothèque sonore. Elle n’a rien à voir avec l’univers d’Astérix et semble sortir d’une bibliothèque d’échantillons gratuits. La meilleure chose que le jeu a pour lui, c’est qu’il y a 24 personnages au total à collectionner. Malheureusement, à cause de l’absence de scénario, tout ce casting ne fait que transformer le jeu en une vaste blague de mauvais goût.
Conclusion :
En définitive, Astérix & Obélix: Heroes se présente comme une déception majeure, échouant à saisir l’esprit satirique et passionné des bandes dessinées de Goscinny et Uderzo malgré le cadre charmant d’Astérix. Les lacunes du jeu sont multiples, allant d’une progression d’une lenteur glaciale à un gameplay générique et répétitif, en passant par une esthétique visuelle décevante aussi bien pour les personnages que pour les cartes. L’absence d’une écriture engageante et humoristique, élément essentiel pour un jeu basé sur Asterix, contribue à son manque d’attrait. Du côté des aspects positifs, on peut relever la diversité des personnages à collectionner, permettant de mettre en lumière certains habitants du village Gaulois souvent négligés. Cependant, cette lueur positive est ternie par l’absence d’une écriture de qualité permettant de les caractériser pleinement. En résumé, Astérix & Obélix: Heroes se positionne comme une addition décevante à l’univers d’Astérix, égarant le charme et la finesse qui font la renommée de la franchise. Les fans de la série auront du mal à trouver des raisons de s’enthousiasmer, et même les éléments de collection de personnages ne parviennent pas à sauver le jeu de sa monotonie et de ses failles fondamentales.




