En ce mois de janvier, Catawiki met en lumière une page fondatrice de l’animation japonaise. La marketplace spécialisée dans les objets d’exception organise deux ventes aux enchères dédiées à Studio Ghibli et à Dragon Ball Z, réunissant plus de 120 œuvres originales de production. Des pièces rares, parfois uniques, issues d’une époque où l’animation se dessinait à la main, image par image.
Celluloïds peints, dessins originaux, esquisses préparatoires et figurines de collection composent une sélection dont certaines estimations atteignent 29 000 €, notamment pour un dessin original réalisé par Hayao Miyazaki lui-même.
Des œuvres longtemps invisibles en Europe
Cette vente marque une première. Les pièces proviennent directement de la Japanime Art Gallery, galerie basée à Tokyo et Kyoto, spécialisée dans les œuvres originales d’anime et de manga. Jusqu’ici, ces créations issues des studios japonais étaient restées largement inaccessibles aux collectionneurs européens.
Pour la première fois, Catawiki célèbre l’animation japonaise non comme un simple produit dérivé de la pop culture, mais comme une forme d’art à part entière, digne des circuits traditionnels du marché de l’art.
Anime et manga : de la culture populaire au patrimoine mondial
Longtemps cantonnés au statut de divertissement de masse, l’anime et le manga occupent aujourd’hui une place centrale dans l’imaginaire collectif mondial. Leur influence irrigue le cinéma, le jeu vidéo, la mode et jusqu’au langage visuel des réseaux sociaux.
En 2023, l’industrie mondiale de l’anime a généré près de 20 milliards de dollars de chiffre d’affaires, soulignant un paradoxe : ces œuvres sont omniprésentes, mais leurs matériaux originaux, eux, disparaissent peu à peu avec la transition vers le tout numérique. Chaque celluloïd conservé devient ainsi un témoin irremplaçable d’un art en mutation.
Les pièces phares de la vente
Studio Ghibli
Princesse Mononoké (1997)
Celluloïds et dessins originaux de Moro, estimés entre 7 700 € et 9 000 €Princesse Mononoké (1997)
Dessins originaux de Kodama, esprit de la forêt, esquissés par Hayao Miyazaki, estimés entre 22 000 € et 29 000 €Porco Rosso (1992)
Celluloïd original de Marco Pagot, estimé entre 9 000 € et 11 000 €
Toei Animation
Vegeta Super Saiyan (1989)
Celluloïd original accompagné de trois dessins, estimés entre 3 100 € et 3 600 €Son Goku (1993)
Dessin original estimé entre 1 700 € et 2 300 €Sailor Moon (1992)
Celluloïd, dessin et décor originaux, estimés entre 1 800 € et 2 000 €
Pourquoi ces œuvres sont-elles si rares ?
Ces créations n’étaient jamais destinées à survivre au temps. Les celluloïds et dessins d’animation étaient avant tout des outils de production, photographiés puis souvent réutilisés, stockés sans protection ou détruits pour libérer de l’espace.
Avec le passage à l’animation numérique, ces matériaux traditionnels ont disparu des studios. Les pièces restantes acquièrent aujourd’hui une valeur culturelle et historique majeure, incarnant un lien direct entre la main de l’artiste et l’image animée.
« Les celluloïds d’animation n’ont jamais été conçus comme des œuvres d’art autonomes », explique Natalia Accardi Guerrero, experte animation chez Catawiki. « Ce sont précisément ces usages éphémères qui rendent les exemplaires survivants si précieux aujourd’hui. »


