Aujourd’hui, on vous parle d’un anime un peu à part, qui s’est fait connaître dans le monde entier ces derniers mois grâce à la finesse de son animation, mais aussi à la puissance tranquille de son récit et à cet esprit si particulier propre au genre Iyashikei, un terme que l’on prendra le temps d’expliquer plus en détail dans cette critique. Vous l’aurez sans doute reconnu : il s’agit de l’œuvre de Kanehito Yamada (scénario) et Tsukasa Abe (dessin), plongée dans un univers de magie et de souvenirs, Sousou no Frieren, aussi connu sous le nom Frieren: Beyond Journey’s End.

Véritable bouffée d’air frais dans un paysage manga souvent dominé par l’action frénétique et les plot twists à répétition, Frieren prend volontairement le contrepied. Ici, tout est question de temps : le temps qui passe, celui qu’on perd, celui qu’on regrette. C’est précisément ce rythme posé, presque contemplatif, qui fait aujourd’hui toute la force et l’attrait de l’œuvre. Le manga comme l’anime prend le soin d’installer ses personnages, son ambiance et surtout son histoire, sans jamais se presser.

La saison 1, diffusée en 2023, avait déjà conquis un très large public. Portée par un bouche-à-oreille extrêmement positif, elle a rapidement imposé Frieren comme l’une des grandes révélations de ces dernières années. Avec un tel succès, on attendait naturellement la suite au tournant. Et bonne nouvelle : la saison 2 débute le 16 janvier sur Crunchyroll diffusé chaque jeudi.

Alors, à quoi faut-il s’attendre pour cette nouvelle saison réalisée par Madhouse ? Le rythme tient-il toujours la distance ? On vous dit tout dans cette critique, réalisée grâce à un lien presse fourni par Crunchyroll.

Un anime Iyashikei qui séduit

Découvert avant tout grâce à son ambiance posée, presque contemplative, digne de certaines œuvres du studio Ghibli, Frieren avait déjà attiré notre attention. Mais c’est clairement son adaptation en anime qui nous a permis de découvrir l’œuvre dans toute sa richesse et sa subtilité. Et on comprend très vite pourquoi le manga séduit autant de lecteurs à travers le monde.

Prépublié à partir d’avril 2020 dans le Weekly Shōnen Sunday, puis édité en volumes par Shōgakukan, Frieren arrive en France en mars 2022 chez Ki-oon. L’œuvre se démarque immédiatement par son choix narratif audacieux : suivre une elfe immortelle, Frieren, presque détachée des émotions humaines, qui va peu à peu apprendre à comprendre le temps, les souvenirs et les sentiments.

À travers ses voyages, d’abord marqués par les réminiscences de son ancien groupe, puis par ses nouvelles aventures aux côtés de Fern, ancienne disciple du prêtre Heiter, et de Stark, élève du guerrier Eisen, Frieren avance dans un monde qui a continué sans elle. Le récit se déroule plus de 29 ans après la mort de Himmel le Brave, héros légendaire, et s’articule autour de quêtes secondaires, d’épreuves parfois discrètes mais essentielles, et de moments suspendus qui donnent toute leur profondeur aux personnages.

Côté succès, Frieren n’a rien d’un phénomène discret. En mars 2021, le manga dépassait déjà les 2 millions d’exemplaires en circulation, puis 5,6 millions en février 2022. 

Les récompenses s’enchaînent : Grand Prix du Manga 2021, New Creator Prize au Prix culturel Osamu Tezuka, nomination puis victoire au Prix du manga Kōdansha en 2024, sans oublier une belle 3ᵉ place aux Next Manga Awards 2021. Un palmarès qui confirme le statut d’œuvre majeure pour la décennie.

Ce succès s’explique en grande partie par son inscription dans le genre tranche de vie / Iyashikei. L’Iyashikei est un courant propre aux mangas et animes japonais, visant à transmettre une sensation de calme, de réconfort et de guérison émotionnelle. Apparue notamment après le séisme de Kobe en 1995, cette approche narrative met en scène des personnages évoluant dans des environnements apaisants, où l’action laisse souvent place à l’émotion et à la contemplation. Des œuvres emblématiques comme Mon voisin Totoro ont largement contribué à populariser cette atmosphère de douceur.

Les nouvelles aventures de Frieren, Fern et Stark

©Kanehito Yamada, Tsukasa Abe/Shogakukan/ “Frieren”Project

Frieren poursuit donc son voyage aux côtés de Fern et Stark, les deux disciples de ses anciens compagnons d’armes. Ce premier épisode de la saison 2 s’inscrit clairement dans la continuité de la saison 1 : une animation toujours aussi fluide et agréable, des quêtes secondaires qui font avancer nos héros sur la route d’Eden, le paradis que Frieren cherche à atteindre, et une bonne dose d’humour portée par la dynamique du trio. Entre chamailleries, piques bien placées et moments de tendresse, la relation entre les trois personnages continue d’évoluer avec naturel.

Comme on pouvait s’y attendre, le récit joue encore beaucoup sur le parallèle entre les aventures passées de Frieren avec Himmel le Brave et celles qu’elle vit aujourd’hui. Ces souvenirs viennent régulièrement se superposer au présent, permettant à l’elfe d’en apprendre davantage sur ce qu’elle a vécu… et surtout sur ce qu’elle n’a pas su voir à l’époque. Là où elle pouvait paraître froide, distante, voire antipathique au début de la saison 1, Frieren s’ouvre peu à peu à Fern et Stark, apprend à leur faire confiance et à partager ce qu’elle ressent. Les « good vibes » propres à l’œuvre sont toujours bien présentes, avec plusieurs petites quêtes intégrées au sein d’un même épisode, renforçant ce sentiment de voyage au long cours.

Dans ce premier épisode, alors que le trio reprend la route après l’examen de mage (réussi par Fern, tandis que Frieren, fidèle à elle-même, n’a pas été retenue), nos héros se retrouvent confrontés à un cristal annulant la magie. Un élément en apparence anodin, mais aux conséquences majeures. Là où Frieren et Fern dépendent énormément de la magie au quotidien, Stark, lui, doit composer uniquement avec sa force brute. Lorsque le groupe se retrouve piégé dans une grotte saturée de ce cristal, les deux mages deviennent pratiquement impuissantes, incapables d’utiliser leurs bâtons.

C’est alors que Stark s’illustre pleinement. Malgré sa peur bleue des combats et son manque de confiance en lui, le jeune guerrier prouve une nouvelle fois qu’il est un pilier indispensable de l’équipe. Doté d’une force colossale — déjà reconnue par son maître Eisen — il est prêt à tout pour protéger ses camarades et rendre la confiance qu’on lui accorde. Ce passage fait écho, une fois encore, aux exploits d’Himmel et de son groupe, soulignant à quel point les situations se répètent… mais aussi à quel point Frieren a changé.

On sent chez elle un véritable regret de ne pas avoir pris le temps de mieux connaître ses anciens compagnons avant leur disparition. Un regret qui la pousse aujourd’hui à créer des liens plus forts, à vivre pleinement le présent plutôt que de simplement le traverser.

La seconde partie de l’épisode permet également de retrouver des visages familiers de la saison 1, notamment Wirbel, ancien participant à l’examen des mages. En allant sur ses terres du Nord, ce dernier tente de recruter Stark comme guerrier. Si Frieren ne semble pas vraiment opposée à cette éventualité, Fern, de son côté, montre clairement qu’elle n’est pas prête à voir Stark partir, même si elle peine encore à mettre des mots sur ce qu’elle ressent. Un moment simple, mais chargé de sens, qui illustre parfaitement l’évolution émotionnelle du trio.

Une bande son et une animation toujours aussi fluide et agréable

©Kanehito Yamada, Tsukasa Abe/Shogakukan/ “Frieren”Project

Ce qui sublime encore davantage Frieren, c’est sans conteste son animation et sa bande-son, deux éléments qui participent pleinement à l’identité apaisante de l’œuvre. Le travail du studio Madhouse mérite une nouvelle fois d’être salué. L’animation se distingue par une fluidité constante et une attention portée à des détails que beaucoup d’animes négligent. Là où certaines productions réservent leurs efforts aux seuls moments spectaculaires, Frieren prend le temps de soigner les gestes les plus simples : un mouvement de bras, une démarche, un regard. Des actions presque anodines, mais qui donnent vie aux personnages et renforcent l’immersion.

Sans chercher la surenchère visuelle ni les démonstrations techniques à outrance, l’anime parvient à maintenir un niveau de qualité homogène sur chaque épisode. Il n’y a pas réellement de baisse de régime perceptible : chaque scène est travaillée avec minutie, qu’il s’agisse d’un combat, d’un moment de voyage ou d’une simple discussion autour d’un feu de camp. C’est précisément cette constance qui fait de Frieren un véritable plaisir pour les yeux.

La bande-son, elle aussi, joue un rôle essentiel. Composée avec finesse, elle sait se faire discrète quand il le faut, notamment lors des moments de contemplation où l’image parle d’elle-même, mais elle sait également s’imposer lors des instants plus forts, qu’ils soient émotionnels ou liés à l’action. 

Il n’y a pas de réel faux pas sur ce point : Frieren assume pleinement son ton doux, introspectif et “guérisseur”, fidèle à l’esprit Iyashikei. Certes, son rythme lent et posé ne conviendra pas à tous les spectateurs, et c’est parfaitement assumé. L’anime ne cherche pas à séduire tous les amateurs de shōnen nerveux, mais il parvient sans difficulté à convaincre par la solidité de sa narration, la qualité de son animation et la cohérence de son univers. Une œuvre qui prend son temps, et qui le fait remarquablement bien.

Conclusion

Avec ce premier épisode de la saison 2, Frieren: Beyond Journey’s End confirme qu’il n’a rien perdu de ce qui faisait la force de la saison 1. L’anime poursuit son chemin avec une grande sérénité, en approfondissant les relations entre Frieren, Fern et Stark, tout en continuant d’explorer les thèmes du temps, du regret et de l’attachement. Le récit avance sans précipitation, mais chaque scène a du sens, chaque interaction apporte une nuance supplémentaire à l’évolution des personnages. On sent clairement que cette nouvelle saison s’inscrit dans une continuité émotionnelle forte, avec une Frieren plus ouverte, plus humaine, sans jamais trahir sa nature.

Ce premier épisode ne cherche pas à impressionner par l’action pure, mais par la justesse de son écriture et de sa mise en scène. L’animation soignée, la bande-son subtile et les parallèles constants avec le passé rappellent pourquoi Frieren est une œuvre à part dans le paysage actuel de l’animation japonaise. Un retour en douceur, mais profondément maîtrisé, qui pose des bases solides pour la suite et donne envie de poursuivre cette aventure !

*Critique réalisée grâce à l’envoi d’un lien par la plateforme Crunchyroll.

Critique - Frieren: Beyond Journey’s End S2 EP1

8.4

Note

8.4/10

POINTS POSITIFS

  • Une continuité narrative fidèle à la saison 1
  • Une animation fluide et constante, riche en détails
  • Une bande-son immersive, parfaitement dosée
  • L'évolution des personnages
  • Des parallèles réussis entre passé et présent

POINTS NÉGATIFS

  • Un rythme toujours très lent
  • Ne conviendra pas à tous le monde
, , , , , , , ,

justemr

Fan de jeux vidéo et d'animation japonaise depuis mon enfance, j’espère partager ma passion avec tous les curieux.

Laisser un commentaire